Les Etoiles d’Arcadie au Théâtre du Soleil

Florian, un aventurier, a pris l’identité d’un jeune prince. Le prince-imposteur est rapatrié dans l’Arcadie de ses ancêtres par un petit groupe de conjurés idéalistes – Nathan, Orémus et Jude – pour y renverser le pouvoir déjà chancelant incarné par un vieux dictateur. Rapidement ils se retrouvent face à la réalité du pouvoir. Ferrare, mafieux notoire, tient les arcanes du pays et la révolution ne pourra se faire sans lui. La pièce, évoluant de la comédie à la tragédie, interroge ainsi le pouvoir politique, sa légitimité et sa représentation. Au coeur de cette lutte pour le pouvoir – entre sang et désenchantement – apparaît, sur les lèvres de Florian, le sourire. Métaphore suprême des vainqueurs, il brûle ceux qui le croisent. Ce sourire est-il la réponse aux questions de l’humanité ou tout bonnement le fruit de son imposture ?

S’ouvre alors un combat spirituel, où le théâtre et la poésie apparaissent comme la véritable lumière de cette fable. Les personnages volent leurs identités tour à tour, un jeu de masque qui donne la clef du poème : « La seule manière de vivre est de vivre poétiquement. » Les Etoiles d’Arcadie première pièce composant Les vainqueurs, épopée en trois parties.

Olivier Py

Comédien, metteur en scène, chanteur de cabaret, directeur de théâtres nationaux, Olivier Py est avant tout poète, auteur d’une oeuvre considérable. Il naît le 24 juillet 1965 à Grasse. C’est en 1987 qu’Olivier Py entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Il entame parallèlement des études de théologie et de philosophie à l’Institut Catholique. Cette double quête mystique, comme il l’appelle non sans humour, marquera toute son oeuvre qui se nourrit de ce singulier mariage entre foi et poésie. Les particularismes de son théâtre s’affirment également au travers de sa rencontre au conservatoire avec Michel Fau, qui alimentera son goût pour le baroque et le grotesque.

Ce sera le Festival d’Avignon qui le révélera au grand public en juillet 1995 lors de la représentation de « La Servante, histoire sans fin », épopée théâtrale de 24 heures. Cette première grande pièce marque l’avènement de son théâtre, renouant avec la veine lyrique et baroque, ainsi qu’avec le récit épique. Il y affirme un théâtre de joie, provocateur, entre mysticisme chrétien et folie dionysiaque. Une esthétique de jeu exubérante et folle naît.

En 1998, Olivier Py est nommé à la direction du Centre Dramatique National Orléans-Loiret-Centre. Il y crée dans la foulée « Requiem pour Srebrenica », imprécation de la justice et de la mémoire, face au génocide de près de 8 000 musulmans de Serbie en 1995. Cet évènement marque le début d’un engagement politique, témoigné par sa grève de la faim aux côtés d’Ariane Mnouchkine, qui s’immisce alors dans son écriture même.

C’est en 2005 qu’il crée « Les étoiles d’Arcadie » première partie des « Vainqueurs ». Une épopée spirituelle, politique et lyrique. Car sa passion pour le théâtre n’a d’égal que celle pour l’opéra qui alimente son goût pour le lyrisme, goût, comme il aime à dire « pour les oeuvres très retenues, très discrètes comme Wagner ».

Du texte au plateau…

Mettre en scène, signifie étymologiquement mettre en espace un texte, c’est-à-dire en dégager le sens, en assurer l’univers et l’unité de jeu. Cet exercice s’est confronté dans cette oeuvre à plusieurs difficultés.

La structure de la pièce se décompose en actes et scènes d’inégales longueurs, traduisant des temporalités et des espaces très hétéroclites. Cette mise en espace a intégré et respecté ce rythme pour permettre d’abord sa compréhension spatio-temporelle, mais également afin de garantir la fluidité nécessaire à sa lecture. En effet, la longueur même de la pièce – environ 2h40 – ne pouvait être tenue (pour les spectateurs notamment) que par un rythme soutenu, frénétique et joyeux.

Ce besoin rythmique a influé directement sur la conception même du décor. Il est apparu ainsi fondamental que la scénographie soit élaboré autour d’un dispositif modulable, minimaliste et efficace. Des praticables, modelant l’espace au gré des scènes et des comédiens, offrent ainsi au spectateur de réelle respiration au sein de la pièce. Mais si mon expérience d’architecte-scénographe m’a permis avec l’aide d’Agnès de Decker de matérialiser une réponse scénique à la pièce, il m’est apparu plus que jamais fondamental que la scénographie s’efface derrière le poème et soit avant tout créatrice de jeu pour les comédiens. Le choix de cette pièce a comporté également une difficulté de première importance, le texte lui-même. Elément moteur de ce projet, il devait, sans tomber dans une vénération outrancière, parvenir au spectateur. Ainsi, le lyrisme de la langue a été un piège dangereux car s’il est un facteur inhérent à la beauté de l’oeuvre, il ne devait pas s’opposer à sa compréhension. Un long travail en amont, a ainsi permis aux comédiens de s’émanciper de la poésie du texte, pour le rendre le plus concret possible. Je n’entends pas par concret, quotidien. Py oppose son lyrisme au psychoréalisme télévisuel. Ce théâtre est un théâtre héroïque. Les personnages sont des dieux ou des héros qui ont une soif de transcendance et de réponse au sens de la Vie. Ce texte ne pouvait donc s’incarner qu’à plein corps. Le spectateur doit ainsi être témoin de cet état de joie, comme face à un feu d’artifice, comportant ses variations de rythme et de couleurs, et oublier le temps du spectacle que ce n’est qu’une histoire.

Les étoiles d’Arcadie d’Olivier Py – Mise en scène :  Xavier Bonadonna

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