Les caricatures d’Adam Töpffer et la Restauration genevoise

Les-caricatures-dAdam-Topffer

Né en 1766 à Genève, Wolfgang-Adam Töpffer est graveur de formation. En 1766, la Société des Arts lui permet de finir sa formation à Paris où il s’initie à l’aquarelle avec l’architecte Jean-Thomas Thibaut, partage une chambre avec le peintre Jean-Louis Demarne et noue des relations avec artistes et marchands d’art. A son retour en juin 1789, la révolution à Genève le laisse sans travail. Il se met à la peinture de portrait, à l’aquarelle, expose pour la première fois à Genève en 1792 et suit Pierre-Louis de la Rive dans ses campagnes de paysage. Il enseigne le dessin pour survivre, pense quitter sa ville natale, mais obtient du gouvernement révolutionnaire un appartement et quelques travaux qui l’incitent à rester. Il commence à peindre à l’huile et réalise aussi, à côté de caricatures informelles, des tableaux caricaturaux à l’aquarelle qu’il exposera en 1798 à Genève. Cette même année, qui voit Genève annexée par la France, Töpffer innove et montre un paysage à la sépia au Salon à Paris.

Au cours des voyages qu’il entreprend dès lors à Paris, artistes et collectionneurs l’incitent à faire «des tableaux de figure où le paysage ne sera qu’accessoire». Il obtient une médaille d’or au Salon en 1812. A la Restauration, sa clientèle s’élargit: il expose à Londres et effectue un séjour de quatre mois chez un mécène anglais qui lui achète plus de tableaux que quiconque auparavant.

Nous sommes alors en 1813, date à laquelle un groupe de genevois, conscients de la débâcle à venir de Napoléon et de la probable fin de l’Empire, proclamèrent la restauration de la république de Genève, mettant un terme à l’annexion de leur cité au territoire de France. Mais si ces restaurateurs autoproclamés rêvaient d’indépendance, ils durent bien vite se rendre à l’évidence que le seul avenir qui leur était envisageable était l’entrée de Genève dans la Confédération hélvétique.

Pour cela, la rédaction d’une nouvelle constitution s’avéra indispensable, constitution qui était loin de faire l’unanimité ! Durant ces querelles politiques, Töpffer s’engage activement aux côtés des libéraux genevois et élabore des caricatures politiques remarquables. Il milite pour diverses causes, fustige notamment des innovations agricoles onéreuses et s’oppose au fanatisme religieux qui suit le mouvement du Réveil. Ses crayons et ses pinceaux dénoncent avec humour et férocité les travers de la constitution.

La Bibliothèque des Arts présente la seconde édition de ces caricatures, revue par Olivier Fatio, Lucien Boissonnas et Caroline Guignard sous la bienveillance du Musée d’art et d’histoire de Genève. La présentation, rédigée par Daniel Baud-Bovy (1870-1958), écrivain, critique et historien d’art suisse, demeure d’actualité . Poète, auteur de nombreux romans et nouvelles illustrées par ses amis peintres, Daniel Baud-Bovy, nous livre des témoignages de descendants directs des acteurs de la Restauration.

Si le livre de Wolfgang-Adam Töpffer est, de par ses dessins et caricatures, un recueil ludique et humoristique, il nous fait surtout prendre conscience que la libre critique des régimes réactionnaires est une nécessité qu’il ne faut jamais occulter.

La Bibliothèque des Arts
Avenue de Rumine 55 – 1005 Lausanne Suisse

  • Editeur : Editions La Bibliothèque des Arts (9 mai 2014)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 288453184X
  • ISBN-13: 978-2884531849

Tags:

  • Voir les commentaires : (0)

Publicité