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Le trait en liberté, dessins de François-André Vincent (1746-1816)

Le Jeune Pyrrhus

 

L’exposition du musée Cognacq-Jay s’inscrit dans une riche programmation consacrée à un artiste aussi talentueux que protéiforme, et néanmoins méconnu, François-André Vincent (1746-1816), à l’occasion de la sortie du livre qui lui est consacré, rédigé par Jean-Pierre Cuzin assisté d’Isabelle Mayer-Michalon, publié aux éditions Arthéna en 2013. L’artiste a marqué le paysage artistique français entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, du monde des Lumières à l’ère néoclassique.

En parallèle à la grande rétrospective consacrée à l’artiste, d’abord au musée des Beaux-Arts de Tours (du 18 octobre 2013 au 19 janvier 2014) puis au musée Fabre à Montpellier (du 8 février au 11 mai 2014), l’exposition du musée Cognacq-Jay apporte un éclairage sur les dessins conservés dans les collections parisiennes.

Cette exposition est la première consacrée à Vincent dessinateur. La manifestation du musée Cognacq-Jay vise à présenter la richesse de l’art graphique de l’artiste sur l’ensemble de sa carrière, à travers la variété de ses sujets et de ses techniques.

Une pareille démonstration est établie grâce à une cinquantaine de feuilles issues de grandes collections publiques (Bibliothèque Nationale de France, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, musée du Louvre, musée Carnavalet, musée du Petit Palais, etc) et privées de Paris et sa région. Elle permet ainsi de montrer des dessins rarement, voire jamais vus par le public, avec des regroupements inédits, particulièrement pour les séries de caricatures.

Trois sections, à la fois thématiques et chronologiques, composent l’exposition :

  • Les séductions de l’Italie : copies d’après l’antique, compositions d’intonation baroque, intérêt pour le pittoresque et la vie moderne à Rome
  • Traits d’esprit : caricatures des pensionnaires de l’Académie de France à Rome et des personnalités intellectuelles
  • La maturité d’un maître : scènes antiquisantes par le style et le sujet, événements et personnages du XVIIe siècle, images de l’Histoire contemporaine, têtes d’études

PARCOURS DE VISITE

Comment expliquer la relative indifférence dont a souffert François-André Vincent, longtemps seulement connu de quelques rares amateurs et connaisseurs ? L’examen de son oeuvre révèle pourtant une originalité et une grande maîtrise, une diversité et une aisance qui en font l’un des maîtres de l’art français de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Vincent est actif à la même époque que Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) et Jacques-Louis David (1748-1825), deux génies qui devaient l’éclipser pour la postérité. Il croise Fragonard tout au long de sa carrière, adoptant dans les années italiennes une écriture si proche que leurs dessins ont été durablement confondus. Quant à David, si Vincent a traité avant lui des sujets tels que Les Sabines ou Bélisaire, son style austère et monumental, plus héroïque, devait le consacrer définitivement comme le chef de file du néoclassicisme français.

À l’aise dans toutes sortes de sujets et de techniques, artiste très divers, Vincent possède son propre tempérament. Les dessins exposés, aux techniques très variées, permettent d’apprécier son oeuvre à sa juste valeur. Études préparatoires, croquis pris sur le vif ou oeuvres autonomes, ceux-ci baignés de lavis, hachurés de sanguine ou tracés à la plume, dévoilent un artiste tout à la fois puissant et délicat, classique et visionnaire, sage et libre.

Section 1 : Les séductions de l’Italie

Vincent n’échappe pas à l’attrait qu’exerce l’Italie sur les jeunes artistes. Formé dans la tradition académique, il est candidat au concours du Grand Prix qui permet aux lauréats de séjourner à l’Académie de France à Rome afin de parfaire leur éducation artistique. Au XVIIIe siècle, les vainqueurs du prix résident jusqu’à quatre ans au palais Mancini, sur le Corso, en plein coeur de la Ville éternelle. En 1768, après plusieurs tentatives infructueuses, c’est avec Germanicus apaisant la sédition dans son camp que Vincent remporte le Grand Prix.

Son séjour italien (1771-1775) lui permet non seulement de compléter l’enseignement qu’il avait reçu en France, mais aussi d’affirmer sa personnalité d’artiste. L’attrait de l’art antique, considéré alors comme la référence majeure, l’incite à étudier et copier la statuaire romaine, dont il méditera longtemps les chefs-d’oeuvre. La peinture des maîtres italiens du XVIIe siècle, en particulier les peintres de l’école bolonaise tels Guerchin et Reni, impressionne également le jeune Vincent, qui s’y référera tout au long de sa carrière.

Comme ses compatriotes éblouis par l’Italie, Vincent se plaît également à représenter son univers contemporain et immédiat, avec le même intérêt que pour les sujets d’histoire : la quiétude simple et heureuse du peuple de Rome et Naples, ou quelque vision juste et sobre de ses familiers.

Section 2 : Traits d’esprit

Tant par leur nombre que par leur récurrence au fil des ans, les portraits-charge occupent une place de choix dans l’oeuvre dessiné de Vincent. Si le genre avait connu dans les siècles passés de remarquables représentants, tels Guerchin ou Bernin, l’artiste français le renouvelle par la diversité de ses techniques et de ses trouvailles graphiques.

Malgré leurs différences, les caricatures de Vincent tendent à la même recherche psychologique : la déformation des traits ne vise jamais à la moquerie gratuite ou à la critique féroce, mais plutôt à saisir de façon détournée un trait de caractère bien propre au modèle. Il s’agit en général de proches du peintre, avec lesquels il partageait pour la plupart des liens tout à fait cordiaux.

Les premiers modèles caricaturés par Vincent comptent parmi ses camarades du palais Mancini. Tantôt de profil dans des médaillons – variations sur les images d’empereurs romains –, tantôt en pied avec des corps disproportionnés, tels des géants grotesques, les portraits-charge de l’Académie de France à Rome relèvent de l’humour potache, inoffensif mais bien senti. Des années plus tard, alors qu’il est devenu un artiste reconnu et honoré, Vincent renoue avec ses intérêts de jeunesse : réalisées lors des séances de l’Institut, ses caricatures des membres de la jeune institution frappent par leur économie de moyens, quelques traits suffisant à saisir une attitude. Cette audacieuse modernité annonce l’art d’un Daumier.

Les portraits-charge du Louvre, qui ont appartenu au peintre Albert Besnard (1849-1934), sont particulièrement étonnants par leurs dimensions exceptionnelles. Cette série est constituée de contre-épreuves de pierre noire, parfois renforcées au pinceau et à l’encre brune, réalisées sur plusieurs feuilles assemblées. Elles représentent les pensionnaires de l’Académie de France à Rome. Vincent a-t-il gardé pour lui cette série de feuilles dont les originaux ont pu être dispersés, donnés peut-être aux modèles ?

Section 3 : La maturité d’un maître

Après être revenu en France à la fin de l’année 1775, Vincent obtient plusieurs succès publics. Pour sa première participation au Salon, en 1777, il présente quinze tableaux, certains exécutés en Italie, d’autres réalisés à son retour qui appartiennent déjà à l’esthétique néoclassique. Les années 1780 sont celles des commandes royales et des compositions ambitieuses illustrant des sujets de l’histoire, antique ou moderne, que Vincent expose régulièrement au Salon, dans un climat de rivalité avec David qui perdurera jusqu’au Consulat.

Vincent est peut-être le plus grand dessinateur français de son époque, en tout cas le plus habile, le plus varié, le plus surprenant. Il utilise de multiples techniques pour des études longuement mûries aussi bien que pour des croquis rapides, privilégiant souvent le tracé à la plume, soit énergique et griffonné, soit plus lent et rigoureux notamment pour les descriptions anatomiques.

De nombreuses feuilles témoignent de la manière dont il élaborait ses grandes compositions telles que L’Enlèvement d’Orythie, Le Jeune Pyrrhus à la cour de Glaucias : études de figures nues ou habillées, avec parfois des reprises de détails, dessins pour l’ensemble de la composition. À chaque sujet correspond un style. À partir des années 1780, et jusqu’à sa mort, l’artiste se consacre de plus en plus à l’enseignement. De cette activité témoigne une série de têtes de jeunes femmes finement dessinées, destinées à être gravées et qui servaient de modèles à ses élèves.

  • Commissariat général : Benjamin Couilleaux, conservateur du patrimoine et adjoint à la directrice du musée Cognacq-Jay
  • Commissariat scientifique : Jean-Pierre Cuzin, ancien conservateur général du département des Peintures du musée du Louvre Isabelle Mayer-Michalon, docteur en Histoire de l’Art

Exposition du 29 mars au 29 juin 2014

Musée Cognacq-Jay

Illustration : Le Jeune Pyrrhus à la cour de Glaucias, figures nues, 1790 ou 1791 Plume, encre brune et lavis brun 37,5 x 42,5 cm< Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques Inv. RF 36140 Recto © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Le Mage

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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