Le Radeau d’Automne de Nils-Udo voguera sur la Creuse

Nils-Udo – Le Radeau d’Automne

Cet automne la Vallée de la Creuse accueille l’artiste Nils-Udo et son Radeau d’Automne. Cette sculpture monumentale entièrement construite avec des matériaux naturels sera inaugurée le 10 Novembre 2012 à 10 h à partir de la Plage de Chambon (Lac d’Eguzon). Elle sera ensuite déplacée par étapes successives sur la Creuse jusqu’à son emplacement définitif au confluent de la Creuse et de la Sédelle, ruines de Crozant.

Dès la première moitié du XIXe siècle, la vallée de la Creuse, de Gargil esse à Fresselines, a servi de modèle aux artistes les plus célèbres, qu’ils soient écrivains ou peintres. George Sand, Armand Guillaumin, Claude Monet et tant d’autres, ont adopté ce lieu pour y surprendre ce moment de lumière absolu qui transfigure notre vision du paysage et qui doit transfigurer le paysage lui-même.

Pourtant lorsque Francis Picabia vient, aux alentours de 1925, peindre les bords de la Sédelle, tout près des ruines de Crozant, c’est l’impression d’une fin de partie que les observateurs avertis peuvent saisir.

Avec Nils-Udo, ce sera encore autre chose qui peut s’avérer d’une très grande importance pour la Vallée de la Creuse et pour la lecture de ce paysage. La nature d’ici ne sera pas prise pour modèle, mais servira de support à l’artiste. Bien sûr, Nils-Udo ne choisit pas n’importe quel lieu. C’est en compagnie de Djamel Meskache et Claudine Martin des éditions Tarabuste (Saint-Benoît-du-Sault), qu’il découvre les bords de la Vallée de la Creuse. Il est alors en résidence à l’association Triages Art & Littérature, travaillant à un retour à sa pratique picturale, qui a donné lieu à l’exposition Nouvelle Peinture au Musée de la Vallée de la Creuse.

C’est de cette entente particulière entre Nils-Udo et « la Vallée », qu’est née l’idée du projet. Il s’agira vraisemblablement ici de donner forme à l’espace. Marquée par tant d’Histoire, par trop d’Histoire, la vallée de la Creuse s’exposera à une nouvelle lecture, à un nouveau regard. La relation au visible risque avec l’oeuvre de Nils-Udo de modifier profondément notre vision du lieu et c’est tant mieux. Il s’agira d’une sculpture monumentale, Le Radeau d’Automne, entièrement construit avec des matériaux naturels. L’idée est forte : le radeau en bois et en eau, feuille se reflétant sur la rivière aux pieds des ruines de granit et rappelant les crêtes abruptes du paysage environnant. Sa construction finie, le Radeau d’Automne sera acheminé jusqu’au site exceptionnel de la presqu’île de Crozant où il prendra place.

Le Radeau d’Automne, projet porté par la commune d’Éguzon-Chantôme en partenariat avec la commune de Crozant, s’inscrit dans le dispositif de la commande publique du ministère de la Culture et de la Communication (Direction générale de la création artistique/Directions régionales des affaires culturelles du Limousin et de la région Centre) avec le soutien des Conseils régionaux de la région Centre et du Limousin et des Conseils Généraux de l’Indre et de la Creuse.

Vue de la presqu’île de Crozant

Le radeau est en forme de demi-feuille stylisée d’érable, d’une longueur de 6,80 mètres et d’une hauteur de 3,90 mètres. Construit en troncs ronds au bois clair de châtaignier, assemblés « à l’ancienne » en tenons, mortaises et chevilles, il sera réalisé par deux charpentiers éguzonnais : Guillaume Peluchonneau et Ludovic Mazou avec le concours de Charles Guyot. Cet assemblage traditionnel, solide et esthétique, ainsi que l’utilisation d’une essence locale et à l’identité forte, renforceront le lien au territoire. La feuille reposera sur une structure faite en tronc de pin Douglas. Cette partie assemblée à la feuille assure sa flottaison et permet sa stabilité.

Nils-Udo

Nils-Udo est né à Lauf en Bavière (Allemagne), en 1937. Il étudie le graphisme à Nuremberg de 1953 à 1955 et décide de devenir peintre indépendant à Paris. En 1972, il retourne en Allemagne et s’initie à la photographie, à la sylviculture et à la botanique de manière à travailler directement dans et avec la nature.

La photographie le mène à travers les quatre coins du monde : de l’Inde au Mexique, des Etats-Unis au Japon… dans les endroits les plus improbables, de Central Park (New York) aux volcans de l’île de la Réunion, des parcs publics de New Delhi au désert de Namibie.

Il reçoit en 1980 le premier prix de la triennale internationale de la photo à Fribourg et en 1985 le premier prix du concours international Parc Eole à Brest. Nils-Udo se situe dans le mouvement « l’Art avec la Nature ». Dans ce courant, les artistes interviennent dans la nature en prenant soin de ne pas lui causer de dommages irréversibles : leurs oeuvres n’ont pas d’effets destructeurs sur l’environnement et ne déséquilibrent pas les milieux où elles se développent. Nils-Udo pense son art comme un dialogue avec la nature, avec laquelle il recherche une interaction à créer ou dévoiler. Avant la réalisation de chaque oeuvre, Nils-Udo commence par observer la nature et s’imprégner du paysage, puis il associe les éléments qui l’entourent et compose une image en trois dimensions. Il travaille la nature à base de matériaux découverts sur place pour donner naissance à des oeuvres éphémères, des nids, des installations à fleur d’eau ou au centre du

désert qu’il immortalise en les photographiant, se jouant parfaitement de la lumière. Il privilégie les matières « vivantes », qui continueront à se transformer à travers son oeuvre. Il façonne également la nature en fonction du changement des saisons et du climat, c’est-à-dire qu’il conçoit son oeuvre dans le temps et pense son évolution avec l’intervention incontrôlable et « libre » de la nature. Véritables tableaux vivants, les oeuvres de Nils-Udo évoluent et se transforment au rythme de la nature qui ne sert pas uniquement de cadre à l’oeuvre mais en fait partie intégrante.

Ces oeuvres en perpétuelle mutation présentent une succession de visions éphémères que l’artiste cherche à fixer en les photographiant. La composition réalisée par l’artiste est en fait à la fois artificielle et naturelle, car l’arrangement des éléments naturels dépend des paramètres techniques imposés par la photographie (choix des couleurs, cadrage, lumière…), tandis que la nature y intervient ensuite librement. Au-delà de sa fonction manifeste de témoignage, le but de la photographie est donc de révéler des phénomènes naturels non visibles sans la mise en scène créée par l’artiste. Chaque photographie permettant de saisir l’aspect de l’installation à un moment donné, l’artiste recompose indéfiniment son travail et crée de nouvelles oeuvres.

Musée de la Vallée de la Creuse

  • Parc de la mairie – 2, rue de la Gare
  • 36270 ÉGUZON-CHANTOME
  • Tél. : 02 54 47 47 75

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