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Le dessin a tenu Salons, fin mars, à Paris

Lucas Weinachter

Du 26 au 31 mars 2014, pas moins de 3 Salons d’art sur 4 ont été consacrés au dessin. Du dessin classique au dessin contemporain, du cotant à plusieurs zéros après la virgule au prix modique, le dessin s’est effeuillé sous tous ses at-traits.

Le premier, Drawing Now (du 26 au 30 mars) a posé ses pénates temporaires dans le tout récemment rénové Carreau du Temple, à l’orée du quartier du Marais, et à l’Espace Commines.

Pour cette 8e édition, ce Salon consacré au dessin contemporain (des 50 dernières années), s’est répartit sur 3 espaces. Au Carreau du Temple, 56 galeries tant françaises qu’internationales se sont partagé le rez-de-chaussée ; au sous-sol, sous l’appellation « Initial », 17 galeries participaient pour la première fois au Salon. A l’Espace Commine, quelques minutes à pied plus loin, en remontant vers le cœur du Marais, Fresh, l’espace dédié à la toute jeune création, rassemblait 14 galeries de moins de 5 ans.

Drawing Now, qui a, dès ses débuts, affiché un caractère rigoureusement précurseur dans le domaine du dessin contemporain en présentant des artistes encore sinon inconnus du moins méconnus du grand public, a continué, voire renforcé pour cette 8e édition cette lancée. Attirant ainsi aux côtés de collectionneurs avertis, un public d’amateurs potentiellement acheteurs et peut-être même futurs collectionneurs.

Le positionnement prix accessible (certains dessins originaux se négocient dès 500 euros), dû à la cote des ces artistes « émergents », permet à un œil un peu exercé, ou tout simplement curieux et amoureux, de partir à la recherche et à la découverte des futures Sandra Vasquez de la Horra. A l’époque où elle reçut le prix du dessin contemporain Daniel et Florence Guerlain au Salon du dessin 2009, ses dessins, à l’univers si particulier et poignant s’alliant à une parfaite maîtrise technique d’un dessin presque classique, s’échangeaient aux alentours de 1.000 euros ; aujourd’hui, ce serait davantage aux alentours des 5.000.

Œil curieux à vos marques, partez !

Le soir du vernissage à travers une foule compacte de collectionneurs s’orientant en habitué, la boussole sélectionneuse en alerte, d’amateurs un peu plus dissipés et de badauds suivant davantage les coupes de champagne, les galeries se tenaient en rang serré.

Coup de cœur à la Galerie C, sise à Neuchâtel : une petite dizaine de dessins de petit et moyen formats d’une artiste suédoise, vivant à Berlin, Emeli Theander.

A 30 ans, l’artiste peintre, dont les dessins sont aujourd’hui accessibles entre 500 et 1.000 euros, possède un univers à l’humour grinçant, pouvant parfois sembler enfantin, qu’hantent légendes et folklores. Son trait fin, très détaillé, laisse s’immiscer ses figures dans le format intimiste du dessin, instaurant ainsi un rapport de proximité entre le « regardeur » et l’œuvre. Dans « Dirty Dancing » (graphite on papier, 42 x 29,7 cm) deux personnages apparaissent comme en miroir, enlacés au milieu de la gueule béante d’un piège à loup qu’on imagine prêt à se refermer…

Emeli-Theander
Emeli Theander « Dirty Dancing »

Au sous-sol, dans la section Initial consacrée aux galeries primo-participantes, la galerie italienne D406 Fedeli alla linea exposait, notamment, le travail d’Ericailcane. L’artiste italien venu du street art, dont les créatures animalières immenses recouvrent divers murs aux quatre coins de la planète, présentait là, comme en écho inversé, quelques très beaux dessins de petit format au crayon blanc sur fond noir (1.400 euros). Une autruche mettant tête sous terre et la révélant squelette, parodie du destin de celui qui ne veut voir ? Parodie humaine, sous ces dehors animaliers, car si l’on s’approche de plus près, on s’aperçoit que l’étrange autruche porte des souliers… Univers de contes faussement pour enfants jouant sur le détail afin de mettre en exergue des thèmes existentialistes.

Ericailcane
Ericailcane

Enfin, à l’Espace Commines, Fresh, David Miguel, chez Nextlevel galerie, expose de grands formats où la matière est rendue à travers un très beau travail d’estompe, rendant au graphite presque des effets de peinture. Les jeux d’ombre et de lumière dévoilent des formes polysémiques comme dans « Est-ce que le pouvoir disparaît avec la mort ? » ou encore « Are journalists and vampires friends ? », deux œuvres de 2013.

Dernier, mais non des moindres, Salon à avoir ouvert ses portes, DDessin, (2e édition) du 28 au 30 mars, à l’Espace Richelieu. Loin des plus de 100 galeries que réunit Drawing

Now, DDessin n’en proposait qu’une vingtaine se décrivant lui-même davantage comme un « cabinet de dessins » que comme un Salon. Le pari porte également sur le positionnement de prix bas commençant dès la centaine d’euros. Les œuvres utilisant tous les supports et toutes les techniques mettent en avant la diversité d’expression du dessin contemporain. A l’étage de ce très bel endroit où nulle cloison ne vient perturber le regard, la galerie Elizabeth Couturier de Lyon expose les « Gueules cassées » de Lucas Weinachter. Ce magnifique travail, troublant et intense, rend hommage à ces hommes de la « grande guerre », défigurés au combat. Hommes recousus aux visages-vestiges d’un temps sacrifié. Des moyens formats (40×50 ou 80×60) alternant des zones extrêmement détaillées avec d’autres où seuls quelques traits suggèrent plus qu’ils ne décrivent. Des fils de coton rouge relient entre elles ou complètent ces gueules, comme elles, cassés.

DDessin est incontestablement pour les amateurs de nouveaux talents un événement à ne pas louper.

Enfin, l’incontournable Salon du dessin, dont c’est la 23e édition, ouvrait du 28 au 31 mars, place de la Bourse. Salon du dessin classique et moderne, les galeries, au nombre de 39 cette année, présentaient un éventail d’œuvres d’une qualité digne des plus grands musées. Allant de somptueux dessins du XVIe siècle italien, à de fabuleux Géricault en passant par de sublimes dessins de Giacometti ou de Picasso ; ce Salon est le rendez-vous des collectionneurs pointus et… fortunés. L’édition 2013 a réussi, dès le vernissage, une transaction à 1,5 million d’euros pour une œuvre signée John Martin « The Destruction of Pharaoh’s Host » de 1836. On ne sait si l’exploit a été réitéré cette année, quoi qu’il en soit, au-delà du prix des œuvres présentées, une visite pour nos yeux éblouis ne se refuse pas. La galerie de Mathieu Néouze présente notamment un sublime dessin à l’encre d’Armand Rassenfosse « La Mort des amants » de 1899 illustrant un poème des « Fleurs du mal » de Baudelaire, affiché à 7.500 euros. Quand on dit que la beauté n’a pas de prix…

Armand Rassenfosse, "La Mort des amants", 1899
Armand Rassenfosse, « La Mort des amants », 1899

Nonobstant ce positionnement de prix élevé et cette orientation classique assumée et revendiquée, c’est au sein de ce Salon que le prix de la Fondation Daniel et Florence Guerlain (collectionneurs passionnés ayant fait une donation de 1.200 dessins au Centre Pompidou, exposé jusqu’au 31 mars) récompense de tout jeunes artistes (à prix de fait accessible), dont certains, telle Sandra Vasquez de la Horra, sont aujourd’hui ou pourront être demain dans les plus grands musées. Encore une bonne raison de s’y promener, même sans bourse déliée. Laetitia Lormeau pour artsixmic

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