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Lauréats de la 4ème édition du prix YISHU 8 : Jean-Marie APPRIOU, Sophie LAMM, Constance NOUVEL

Créé en 2011, le prix YISHU 8 permet chaque année à trois artistes français de partir en Chine où ils sont accueillis en résidence à Pékin au sein de la maison des arts YISHU 8 dédiée à la création contemporaine. Ce séjour de trois mois leur permet d’aller à la rencontre de la culture chinoise et de développerun projet personnel au contact de l’effervescence de la Chine d’aujourd’hui grâce au réseau YISHU 8 largement ouvert sur les milieux culturels pékinois. Christine Cayol, fondatrice de la Maison Yishu 8 et Henry-Claude Cousseau qui préside l’association Yishu 8 en France, ont annoncé le mardi 26 novembre 2013, au musée Rodin, les noms des lauréats de la 4ème édition du prix YISHU 8 qui s’envoleront pour Pékin à partir du mois de janvier 2014.

Jean-Marie Appriou par Henry-Claude Cousseau

  • Né en 1986 à Brest, vit et travaille à Paris
    Jean- Marie Appriou
    Jean- Marie Appriou – Crédit photo : Margot Montigny

Né en 1986, Jean-Marie Appriou a fait ses études à l’Ecole de beaux-arts de Rennes dans l’atelier d’Adalberto Meccarelli où il a obtenu son diplôme en 2010. Il est aujourd’hui l’assistant de Dewar & Gicquel et François Curlet. Son travail est fondé sur la notion d’assemblage à partir de matériaux et d’objets hétérogènes. Là le jaune délicat du plumage d’une perruche fait un duo avec les irisations non moins précieuses d’un feuille d’endive, là la peau d’un hérisson habille de ses piquants un galet de granit pour confiner en tignasse rétive d’adolescent, là encore les ocelles marbrées d’un plumage de canard se reflètent dans la glaçure émaillée d’une poterie qui, plus loin, émerge d’une fourrure blanche de lapin, semant un trouble que n’eût pas renié Meret Oppenheim. Allant plus loin dans cette recherche de l’inattendu, Jean-Marie Appriou se complaît aussi dans des procédures techniques relativement peu usitées, ainsi de la céramique dont il renouvelle l’approche, et non content de les faire ressurgir, s’emploie, dans le secret de ses manigances à les détourner, à les brocarder et les affubler de performances inédites, telles ces jeux d’anses, de becs et de coulures qui dépassent ingénieusement les intentions de leur auteur. Et quand ce dernier s’attaque au grand genre, celui de la sculpture en bronze par exemple, c’est plutôt pour ironiser et n’en tirer que de malingres silhouettes au royaume des ombres de l’Histoire. Avec ces suites d’objets, ces « saynètes imaginaires » comme nous le dit leur auteur, on est délibérément dans le monde de l’analogie et des glissements, des jeux de mots comme des haïkus, des énigmes comme des vieilles rengaines. Il y a beaucoup à attendre de ce virtuose de l’oxymore.

Sophie LAMM par Henry-Claude Cousseau

  • Née en 1982 à Paris, vit et travaille à Paris
Sophie LAMM
Vue d’atelier, Making, »According to Watt ? », 2011 – Crédit photo : Judith Espinas

On pourrait dire des peintures (et des dessins) de Sophie Lamm qu’elles sont à prendre ou à laisser. Elles sont là, d’un bloc, dans leur puissante entièreté, et c’est un de leurs paradoxes -en tant que peintures- que d’être non pas tant des images, des figurations, que des objets. Pourtant elles viennent de loin et elles s’arriment en des points tout à fait hétérogènes de l’histoire de la peinture. Sophie Lamm aime à citer les noms qui résonnent justement en elle: Victor Hugo, Redon, Arp, Wharol, Philip Guston, Joseph Beuys, Sigmar Polke, les tenants de l’Ecole de Leipzig, autrement dit le Pop Art, le biomorphisme, la tradition allemande et bien d’autres horizons (les dessins médiumniques par exemple ou l’art grotesque et les bandes dessinées). Cet éclectisme est non seulement généreux, mais il est surtout fécond.

Elle est à son aise dans une approche impulsive de la peinture et elle fait aisément son affaire des taches, des coulures, des découpes et des formes hasardeuses, des coups de brosse périlleux, des signes ancestraux, des tons francs ou incertains. L’informe l’intéresse qu’elle appelle la « matériologie » de la peinture. Mais en apparence. Car ce n’est pas pour autant qu’elle se livre entièrement aux effets aléatoires. Son stratagème est plus étudié et d’autant plus efficace. Avec une spontanéité impressionnante elle prend littéralement la peinture « à rebours », ou « à contre-pied » comme elle le dit elle-même, et par un renversement dont on connaît quelques exemples célèbres, elle fait paradoxalement saillir ses motifs en creux, elle sait jouer des plans pour en perturber avec bonheur la hiérarchie dans la perception visuelle. Ses peintures se plaisent enfin à se confronter à des formulations expérimentales qui ne sont pas éloignées d’un certain attrait pour le primitivisme ou l’Art Brut. Sophie Lamm est un peintre comme on doit l’être aujourd’hui, sur un mode audacieux, sachant encore s’adonner avec avidité à l’exploration du plus vieux médium de l’histoire.

Constance Nouvel par Henry-Claude Cousseau

  • Née en 1985 à Paris, vit et travaille à Paris

Parlant de sa méthode, Constance Nouvel recourt à une déclaration qui éclaire parfaitement son entreprise: « Je choisis des sujets qui peuvent réunir par analogie différents espaces: le photographié, la photographie, et le photographique. » Vaste programme, mais qu’elle conduit avec une rigueur et une inspiration renouvelées. Pas de sujets ou de répertoire iconographique spécifique dans son travail, pas de thèmes de prédilection ou d’espaces à explorer systématiquement. Mais le principe d’une analyse de ce que peut être encore aujourd’hui la photographie, ce médium si propagé. C’est la philologie du photographique qu’elle a donc décidé de questionner, son histoire, ses artifices et ses procédés autant techniques que sémantiques.

Constance Nouvel
Constance Nouvel – Crédit photo : Manon Recordon

Pour ce faire l’artiste met en oeuvre des dispositifs qui ont à voir avec l’installation et les trois dimensions dans de subtiles mises-en-scène spatiales où la photographie s’empare souvent de l’objet. Ceux-ci lui permettent d’introduire la dimension critique, la distance stratégique, les subterfuges qui sont inscrits dans son travail, soulignés par la présence constante du cadre. Ce sont des mises en abîme, comme dans cette image où les mains de l’opérateur déchirent l’image au premier plan pour nous dévoiler celle qui est dissimulée derrière, suggérant un mécanisme qui pourrait se répéter à l’infini, ou celle de ce spectateur qui contemple l’image paradoxalement fixe d’un écran vidéo accroché sur un mur, ou encore celle faite d’un collage d’images déchirées qui dévoilent la géologie énigmatique d’une autre. Toutes ces images sont empruntes d’une grâce et d’une délicatesse particulières qui ne dédaignent pas les suggestions de l’imaginaire et de la rêverie, notamment au travers de l’usage récurrent du paysage. C’est un piège: en feignant de nous montrer le monde poétisé, distancé, de ses images, Constance Nouvel nous force en fait à une prise de conscience et, en conséquence, à succomber au charme irrésistible qu’elles exercent sur nous et dans lequel elle nous enferme d’autorité.

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