La Maëlle Galerie présente le monde est en panne d’une pensée pour le monde

Maëlle Galerie

la Maëlle Galerie « Le monde est en panne d’une pensée pour le monde » avec Fred Forest, Barthélémy Toguo, Ernest Breleur, Orlando Britto Jinorio et Iris Della Roca

Une belle exposition collective se dessine pour la rentrée avec « Le monde est en panne d’une pensée pour le monde » à la Maëlle Galerie avec la participation des artistes Fred Forest, Barthélémy Toguo, Ernest Breleur, Orlando Britto Jinorio et Iris Della Roca.

Le monde est désenchanté. Il ne s’agit pas là d’adopter une position romantique et nostalgique d’un Âge d’or perdu, mais de lire ce monde à travers le prisme d’une histoire qui cumule les drames, les conflits, les guerres et qui semble aspirer notre civilisation dans le tourbillon du chaos. La violence du capitalisme économique est telle qu’on assiste à un repli des individus sur eux-mêmes qui ne sont ni portés par un projet de société, ni par un idéal ambitieux. Le monde est en panne d’une pensée pour le monde pour paraphraser le titre de l’exposition de la Maëlle Galerie. Les artistes, véritables vigies et oracles des temps modernes, sont là pour alerter et éveiller les consciences. « L’art n’est pas une réjouissance solitaire et l’artiste a un rôle à jouer dans la société » revendique Barthélémy Toguo. Il est là pour relayer « le grand cri des peuples qui souffrent » comme il l’illustre encore aujourd’hui dans cette exposition réunissant cinq artistes relatant des récits fragmentés où les valeurs humaines sont incompatibles avec une mondialisation qui broie allègrement sans critère de justice sociale. Et pourtant, cet ordre mondialisé tant souhaité par H. G. Wells dans son livre éponyme a de quoi séduire tel qu’exprimé par un George Bush à la tribune du Congrès le 11 septembre 1990, promettant « une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de justice et plus sûre dans la quête de la paix. » Mais voilà, ces mots ont pour seule ambition d’entretenir une illusion et de manipuler un peuple désorienté et dépolitisé, un jeu dans lequel les politiques brillent. Avec ironie et cynisme, Orlando Britto Jinorio condamne une telle mainmise dans sa série de photographies Being Horse, où il se met en scène en cheval, un mors dans la bouche. Une métaphore de la condition humaine.

Mais à qui la faute ? Aux médias pris par la contrainte du spectaculaire et par le flux d’infos en continu ? Fred Forest, cet homme média comme il se définit lui-même, les a pris d’assaut dès les années 1970 comme nouveaux territoires de l’art contemporain. Il présentera cette vidéo historique diffusée le 22 janvier 1972 sur la 2e chaîne nationale Française dans l’émission TM 72 : 40 secondes de blanc à la télévision, à savoir une interruption d’antenne de 40 secondes dans le journal de midi. La force est dans l’action. C’est le parti pris d’Iris Della Roca également, qui a travaillé comme volontaire de 2010 à 2014 dans l’ONG Sao Martinho, pour s’approcher des enfants qui ont échoué dans la rue des favelas de Rio. Elle les photographie simplement, avec humanité et sans jugement plusieurs fois ou une seule fois si leur chemin a croisé la prison ou la mort. Elle indique leur nom, leur surnom, leur âge et le nombre d’années passées dans la rue. Redonner une identité aux oubliés des tragédies humaines de l’Histoire c’est également le projet d’Ernest Breleur avec ses Portraits sans visage d’une femme Vietnamienne. « Les portraits sans visage sont ceux des femmes et des hommes étranges, étranges parce qu’ils ne méritent jamais un regard humain. Les portraits sans visage sont aussi les portraits des oubliés avant une quelconque rencontre, comme si le cœur de l’homme était une machine à exclure, à broyer, évitant ainsi la moindre inscription de l’autre en soi. Les portraits sans visage, sont les «visages» des disparus du monde, ceux des exclus socialement. Ne sommes nous pas dans un monde sans visage? » La question est posée.

Photo : Barthélémy Toguo, Roger délivrant Angélique I, aquarelle sur papier marouflé sur toile, 113 x 99 cm, 2014,  courtesy Galerie Lelong, photographie Fabrice Gibert

Informations pratiques :

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