L’imaginaire, une porte entre deux mondes à la Maison des Arts

L’imaginaire, une porte entre deux mondes - Hugues Gillet, Gladiatorius ludus, 1997, huile sur bois, 51 x 94

La Maison des Arts met en lumière, jusqu’au 3 juin 2017, un pan méconnu de l’art contemporain, hors des modes et hors du temps : l’art de l’imaginaire.

Selon le philosophe et anthropologue de l’imagination Gilbert Durand, « l’imaginaire peut se définir comme le ʺmuséeʺ de toutes les images, qu’elles soient passées, possibles, produites ou à produire », en sorte qu’« il y a de l’imaginaire partout ». Qu’entend-on par l’ « art de l’imaginaire » ? Cette terminologie, non officielle mais bien commode, permet de regrouper des oeuvres d’expressions picturales hétéroclites (symbolisme, surréalisme, fantastique, visionnaire, hyperréalisme, réalisme fantastique, etc.) présentant un caractère hors du temps et des modes. Bien que certains courants s’en soient explicitement réclamés, on ne peut en donner une date de naissance précise. Chaque artiste de l’Imaginaire possède son propre monde mais tous ont en commun une culture picturale classique faite de références aux grands maîtres, le choix de la figuration, le souci d’une excellence technique et l’envie de donner libre cours à leurs rêveries éveillées au-delà de la réalité immédiate, dans un rendu néanmoins réaliste.

Ces oeuvres, en quelque sorte à la marge de l’art contemporain privilégié par les institutions et les grands médias, manquent encore de reconnaissance officielle. Pourtant, elles sont plébiscitées par un public toujours plus large, et de nombreuses initiatives sont mises en place pour le faire connaître (manifestation Metamorphoz de Salouël, Charte Faber21, etc.).

Parmi celles-ci, se trouvait le musée de l’Imaginaire. Fondé en 1994 par le peintre Marc Halingre et le sculpteur Jean-Jacques Lamenthe dans le château de Ferrières (Seineet- Marne), ce musée visait à présenter au public l’école du réalisme fantastique. Cette institution aujourd’hui disparue, l’art imaginaire ne dispose malheureusement plus de lieu d’exposition permanent.

Pour aider à sa promotion et à sa diffusion, Artis Fictae Turma – littéralement en latin, « groupe de l’art imaginaire » – s’est constitué en 2012 autour de Bruno Baratier, Hugues Gillet et Kunihiko Kanoh. Le groupe rassemble des artistes internationaux de toutes les générations et de styles artistiques variés qui proposent, chacun à leur manière, un questionnement du réel, une mise en abîme de nos perceptions et contribuent à donner une place et un sens à la figuration. Artis Fictae Turma a été fondé sous l’impulsion d’Hugues Gillet, dont il est le président, et est parrainé par l’écrivain Amélie Nothomb.

La Maison des Arts a choisi de montrer une parcelle de cette tendance artistique foisonnante au travers des oeuvres de quatre peintres. Pour sa part, Hugues Gillet invente des scènes inspirées par la littérature, la mythologie ou encore les religions, dans lesquelles apparaissent des créatures hybrides à la fois repoussantes et attirantes, associant l’humain, l’animal et le végétal. Jean-Pierre Monnot nous entraîne, quant à lui, dans des villes fantastiques désertées par l’homme mais progressivement reconquises par la végétation et les animaux sauvages, mêlant dans un savant jeu de perspectives des références architecturales réinterprétées. À partir de ses longues séances d’observation de la mer, Yves Thomas imagine de son côté d’impressionnantes marines visionnaires oscillant entre un monde antédiluvien et postdiluvien, dans lesquelles la lumière occupe une place centrale. Gérard Willemenot, enfin, poursuit et actualise la tradition de la fable sociale hérité d’un Jérôme Bosch, traitant de manière humoristique les folies des hommes de son temps, au moyen d’une technique en voie de disparition, la peinture a tempera.

Ainsi, il conviendrait de comprendre l’art imaginaire comme une invitation à pénétrer dans un ailleurs mêlant les projections des artistes et leur perception du monde actuel. L’exposition « L’imaginaire, une porte entre deux mondes » convie alors les visiteurs à voyager au coeur de ces quatre univers dans lesquels s’entrecroisent réalité et imagination.

Photo : Hugues Gillet, Gladiatorius ludus, 1997, huile sur bois, 51 x 94

Jean-Pierre Monnot, La réserve, 2009, huile et acrylique sur toile, 146 x 100 cm

Yves Thomas, Île de Mars, 1993, huile sur toile marouflée sur bois, 54 x 73 cm ©Adagp, Paris 2017

Yves Thomas, Île de Mars, 1993, huile sur toile marouflée sur bois, 54 x 73 cm ©Adagp, Paris 2017

Gérard Willemenot, L’arrivée de la vie sur terre, 2017, tempera sur bois, 54 x 61 cm ©Adagp, Paris 2017

Gérard Willemenot, L’arrivée de la vie sur terre, 2017, tempera sur bois, 54 x 61 cm ©Adagp, Paris 2017

Informations pratiques :

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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