« Keith Haring & Friends » à la Galerie Taglialatella

Keith Haring Foundation
© Keith Haring Foundation – Growing #3, 1988

Après une première exposition consacrée en 2011 à Keith Haring, la Galerie Taglialatella rend hommage pour la deuxième fois au père du « Radiant Baby », artiste phare de la galerie, avec une nouvelle exposition intitulée « Keith Haring & Friends ».

Cette exposition se veut, dans une dimension plus confidentielle, complémentaire à l’importante rétrospective consacrée actuellement à l’artiste au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris portant sur l’axe politique de sa démarche. La Galerie Taglialatella a une ambition, celle de plonger le spectateur dans l’univers des années 80 à New York et de regrouper autour de l’OEuvre de Keith Haring, certaines pièces de ses contemporains et amis comme Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat ou encore Kenny Scharf.

Le souhait est de faire la part belle à la dimension accessible de sa démarche avec la présentation de subway drawings, d’éditions sur papier et de dessins, tous représentatifs de son univers pop, et de souligner les points communs avec ses contemporains. En effet, tous ces artistes et amis, mus par une énergie inépuisable et une insatiable curiosité, ont déployé leurs oeuvres dans le New York des années 1980 et ont créé, dans la lignée de la démarche de Warhol leur père spirituel, une connexion entre le milieu de l’art contemporain et celui de la culture populaire (notamment par le biais de lieux d’échanges et du graffiti).

Keith Haring peint, dessine et sculpte avec des matériaux peu traditionnels. Sa préoccupation première est de rendre l’art accessible, par l’expression, par le support, par les moyens utilisés, il investit notamment les espaces publicitaires vacants des stations de métro avec ses fameux Subway Drawings.1

Le public a droit à de l’art. Le public a été ignoré par la plupart des artistes contemporains. Le public a besoin d’art, et il est de la responsabilité de l’ «artiste autoproclamé» de comprendre que le public a besoin d’art, et de ne pas faire de l’art bourgeois pour quelques-uns seulement, tout en ignorant la masse. L’art est pour tous ». Keith Haring, Journals op. cit. p.17

De son côté, Basquiat conquiert les rue de New York sous le pseudonyme de « Samo » et Scharf habille les murs des rues de personnages psychédéliques. Ensemble, ils donnent une impulsion nouvelle au monde l’art moderne et contemporain. C’est par la rue et les clubs que se fait l’entrée de ces jeunes artistes dans le monde artistique à la fin des années 1970 – début des années 1980 et non par les galeries. Leur modèle : Andy Warhol.

En effet, dans les années 1978-79 la guerre contre le graffiti n’a pas encore vraiment commencé. Cet art a pu librement s’épanouir et le mouvement connaitre son apogée avec des artistes de rue dotés d’une incroyable maitrise du dessin à l’aérosol et d’une vraie fluidité de la ligne. Cette ligne noire qui obsédait notamment Haring depuis l’enfance. Point communs entre tous ces artistes : un rapport privilégié aux médias, aux signes de la rue et à la culture du quotidien, ils ont su s’approprier ces codes populaires pour les reprendre dans leurs créations.

Friends
Il y a tout d’abord le maître, Andy Warhol. Avec des débuts en tant qu’artiste commercial, Warhol a su se réinventer comme artiste d’images médiatiques élevées talentueusement au rang d’oeuvres d’art.

Keith Haring et Andy Warhol se sont rencontrés en 1983 lors du vernissage de l’exposition « Shadow » qui se tenait à la Dia Fondation et Warhol lui a donné une copie d’un numéro du magazine Interview, qu’il dirigeait à l’époque. L’acte est symbolique car plus tard Haring utilisera souvent les pages du magazine pour réaliser ses dessins sur ce type de papier, gage d’accessibilité, concept cher à l’artiste.

Par la suite, les deux artistes ont été présentés officiellement à la Factory par Christopher Makos (Photographe Américain, élève de Man Ray, qui travaillait avec Warhol). Warhol est devenu le mentor de Keith Haring et un ami proche.

Keith Haring et Kenny Scharf ont tous deux partagé les bancs de la School of Visual Arts de New-York. Souvent le travail de Kenny Scharf est volontairement vulgaire et puéril. L’artiste révèle dans l’excès, en ajoutant de plus en plus d’éléments aux travaux, en créant couche après couche. Il n’y a pas de vrais thèmes, pas d’histoires, juste une gaieté irrésistible, image sur image. Cependant, même si ses oeuvres incorporent des images de la publicité, Kenny Scharf est en constante mutation dans un langage visuel qui exprime un univers de plus en plus singulier, avec ses propres règles et sa propre syntaxe.

Keith Haring a rencontré Basquiat vers la fin de sa scolarité à la School of Visual Arts. Lorsque le graffiti signé «SAMO » a commencé à apparaître dans les rues de New York, pendant presque un an, personne n’avait idée de qui était cet artiste. Haring commença à s’intéresser à ce travail singulier qui se révélait sur les chemins qu’il empruntait quotidiennement. C’était la première fois qu’il voyait ce qu’il appela un « graffiti linéaire » c’est-à-dire un graffiti non réalisé pour le plaisir d’écrire une signature ou d’évoquer une recherche formelle, mais plutôt le souhait d’exprimer des idées par le biais de poèmes écrits dans la rue. Pour Haring, ces poèmes vous arrêtaient dans la rue et vous faisaient réfléchir.

Keith Haring, Kenny Scharf et Jean-Michel Basquiat, ont grandi avec les bandes dessinées et les dessins animés. Haring et Basquiat s’intéressent également à la sémiotique et cherchent différentes manières d’utiliser le langage et l’écriture dans leurs oeuvres. La ligne devient le fil conducteur de leur discours avec un vocabulaire et des symboles qui leur sont propres. Leurs « emblèmes » fonctionnent comme des pictogrammes, des « icônes » comme le chien auréolé de rayons qui aboie, le bébé à quatre pattes, l’ange jaune ou le superman rouge avec ses ailes de dragon ou encore la couronne pour Basquiat.

Des « faiseurs d’images »1, c’est ce que sont ces artistes. Ils ont trouvé les signes pour dire la violence, l’argent et le sexe, la religion et le racisme, et rendre compte au mieux, soit de façon allégorique, soit abstraite, ou les deux à la fois, de la société dans laquelle ils vivent. Au-delà de leur talent, ils ont réfléchi très précisément au rôle que leurs oeuvres et eux-mêmes pouvaient tenir dans l’histoire de l’art.

Comme ceux de Keith Haring, les travaux de Scharf ou de Basquiat s’intéressent à la vie sous toutes ses formes. Si au premier regard leurs oeuvres semblent enfantines et naïves, elles regorgent en réalité de symboles et de messages profonds. Derrière leur aspect éclatant, les oeuvres de Keith Haring comme celles de Scharf ou de Basquiat invitent leurs contemporains à la réflexion. En utilisant une imagerie facilement identifiable, ces artistes dépassent la simple représentation, ils bousculent la convention et encouragent la sensibilité du spectateur. Par le biais des symboles de la culture populaire, ils ont su créer un art mêlant à la fois humour et enthousiasme, force et angoisse, Keith Haring et ses « friends » sont des artistes ancrés dans la réalité.

Keith Haring meurt du Sida en 1990 laissant derrière lui une oeuvre colossale, fruit de dix courtes mais intensives années de création. En combinant les idées universelles et des thèmes engagés avec un style expressif et coloré, Haring a su attirer un large public et assurer tant l’accessibilité que la pérennité de son art. Ses oeuvres, dynamiques, sont devenues une partie unique de la culture contemporaine.

  • Exposition du 28 juin au 31 juillet 2013 et du 3 au 21 septembre 2013

Galerie Taglialatella

13 rue de Picardie 75003 Paris

Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat Untitled (Per Capita), 1982/2001
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