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Julianne Moore "Maman n'est pas d'ici"

L’actrice américaine Julianne Moore, à l’affiche du film Maps to the stars, de David Cronenberg, en compétition à Cannes, publiera le 21 mai le livre « Maman n’est pas d’ici », illustré par la talentueuse Meilo So, aux Editions Steinkis.

Maman n’est pas d’ici est un album très tendre sur la différence, destiné aux petits et aux plus grands. Avoir une maman qui vient d’un autre pays rend la vie un peu différente… Mais c’est parce que ces mamans-là sont originales qu’on les aime tant!

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire Maman n’est pas d’ici… ?

Ma mère, Écossaise d’origine, a émigré aux États-Unis en 1950 à l’âge de dix ans. À son entrée sur le territoire, on lui a proposé d’adopter la nationalité américaine, ce qu’elle a refusé car elle avait la ferme intention de retourner vivre en Écosse un jour. Elle s’est mariée très jeune avec mon père, qu’elle a rencontré au lycée dans le New Jersey et je suis née peu de temps après, alors qu’elle n’avait que vingt ans. Elle a finalement adopté la nationalité américaine à vingt-sept ans, lorsque le fait que son épouse ne soit pas citoyenne américaine a commencé à empêcher mon père, pourtant Américain, de pouvoir prétendre à certains postes. Je me souviens qu’elle est rentrée à la maison en larmes ce jour-là parce qu’on l’avait forcée à renoncer à la nationalité britannique. Elle avait à la main un petit drapeau américain.

J’ai donc été élevée par une mère très jeune qui ressentait fortement son appartenance à une autre culture, culture qu’elle a d’ailleurs voulu transmettre à ses enfants. Une myriade de détails le soulignait au quotidien : sa couleur de peau et son accent, bien sûr, mais aussi sa façon de voir le monde. Je m’en rendais compte de temps à autre lorsque j’étais enfant, par exemple lorsque mes amis me demandaient pourquoi ma mère « parlait bizarrement » ou pourquoi je portais un kilt ; mais à mes yeux, ma mère était tout à fait normale. Sa personnalité m’était complètement familière ; le fait qu’elle se sente étrangère faisait intrinsèquement partie d’elle. Ma mère était tout simplement ma mère, la mère que je voulais, celle qui était prête à tout pour moi et que j’aimais plus que tout au monde. Ce livre lui est bien sûr dédié.

Qu’espérez-vous apporter à vos lecteurs avec ce livre ?

Avant tout, j’espère qu’ils reconnaîtront leurs propres familles, leurs propres mères et grand-mères et que cela leur fera plaisir ! Mon histoire est loin d’être unique ; beaucoup d’entre nous, aux États-Unis et ailleurs, comptent dans leur famille une ou plusieurs personnes qui ont émigrées. Il me semble que les États-Unis encouragent de plus en plus l’intégration de cultures étrangères à leur propre culture – plutôt qu’une simple assimilation de la culture américaine par les nouveaux arrivants. J’espère que ce livre servira de support aux enfants (et espérons-le, aux éducateurs) pour en discuter.

Étiez-vous une enfant qui lisait beaucoup ? Quel est votre premier souvenir lié à la lecture ?

J’étais une enfant qui adorait lire ! Nous déménagions beaucoup et la lecture était quelque chose que je pouvais toujours emporter avec moi. J’étais avec ma mère lorsque j’ai lu ma toute première phrase : « « Mère, mère » dit Bob, « Je vois un rouge-gorge » ». C’était dans un livre de science pour les enfants.

Quels auteurs vous ont particulièrement influencée ?

En littérature enfantine, j’adore William Steig, Mo Willems, Kevin Henke, Laura Ingalls Wilder et Louisa May Alcott, qui ont pour point commun d’avoir écrit des livres qui s’adressent aux enfants sans condescendance et avec beaucoup d’humour. Il y a tellement de grands écrivains : Maurice Sendak, Theodore Geisel, Margaret Wise Brown et tant d’autres encore…

Maman n’est pas d’ici est votre quatrième livre illustré. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d’être un auteur publié ?

Oh, je suis une vraie passionnée de littérature et les livres ont toujours joué un rôle central dans ma vie. Apporter ma contribution à cet univers qui représente tant pour moi est une chance incroyable ! J’adore être invitée par les librairies et les écoles pour faire Maman n’est pas d’ici…

Quel est votre plus beau souvenir d’enfant en rapport avec votre mère (si vous pouvez n’en choisir qu’un) ?

Julianne Moore
Julianne Moore – Photo © Brian Bowen Smith

Choisir un souvenir en particulier est impossible, surtout maintenant qu’elle n’est plus là. Je pense à elle tous les jours et je suis souvent submergée par mes souvenirs. J’ai hérité de tant de ses petites manies et habitudes ! Par exemple, elle chantonnait toujours lorsqu’elle s’occupait de la maison – je n’avais pas conscience de le faire aussi, jusqu’à ce que mon mari me le fasse remarquer. Je me rappelle très clairement d’elle en train de m’apprendre patiemment à lire et à déchiffrer l’heure, tandis que nous pliions des draps.

Quel est le plus beau souvenir que vous avez de chacun de vos enfants (si vous pouvez n’en choisir qu’un) ?

Maintenant qu’ils sont grands (ils ont quinze et onze ans), je me rappelle très distinctement de petites choses qu’ils faisaient bébés. Mon fils avait pour habitude de dire « oh, oh, oh, maman » et ma fille riait toujours de bon coeur, de son rire de bébé, et insistait pour marcher à côté de sa poussette – elle refusait souvent de s’y asseoir.

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir Meilo So pour illustrer ce livre ?

J’ai été très frappée par la qualité du travail de Meilo, notamment par la façon dont elle représente les personnes. Elle travaille à l’aquarelle, d’une façon très impressionniste, mais ses personnages semblent très définis, très réels. Je voulais pouvoir ressentir la personnalité de ces mamans, leurs caractéristiques physiques et ethniques, leurs émotions. Je voulais qu’elles ressemblent à toutes ces mamans que j’ai connues et que je continue de fréquenter. Et le travail de Meilo capture tous ces aspects à la perfection. Par une coïncidence incroyable, elle est elle aussi une maman émigrée : elle vit aujourd’hui en Écosse, d’où était originaire ma mère !

Vous avez mentionné dans une précédente interview que les histoires ont toujours tenu une grande place dans votre vie – aussi bien lorsque vous lisez un livre que lorsque vous jouez un rôle. Selon vous, qu’est-ce qui fait une bonne histoire ?

Je suis persuadée qu’une bonne histoire est une histoire dans laquelle vous vous reconnaissez ou reconnaissez votre vie. Nous nous sommes probablement tous demandés, enfants, en lisant un livre : « Comment cet auteur peut-il avoir entendu parler de MOI ? ». Les sentiments les plus universels sont ceux qui sont aussi les plus intensément personnels. Ces sentiments et ces observations sont ce qui fait une bonne histoire.

Vous vous êtes engagée dans des associations d’aide à l’enfance oeuvrant notamment pour l’alphabétisation. Selon vous, quelles mesures sont les plus efficaces pour faire progresser le taux d’alphabétisation et encourager les enfants à lire et à écrire ? Quels ont été les moments les plus enrichissants pour vous lorsque vous avez travaillé avec des enfants ?

Il faut tout d’abord que les enfants aient des livres à leur disposition. Ensuite… Il faut du temps, commencer l’éducation dès la petite enfance, et, surtout, leur faire la lecture le plus souvent possible. Au final, toutes ces petites choses que la plupart d’entre nous, issus d’un milieu favorisé, prenons pour acquises parce que nous avons fait des études et avons la chance d’être financièrement à l’aise. Le système d’éducation publique américain n’est pas adapté. Les associations avec lesquelles j’ai travaillé – Save the Children US, Children’s Health Fund, Reach Out and Read – fournissent des livres et mettent en place des programmes d’aide à l’apprentissage de la lecture.

Tous les moments que j’ai passés à travailler avec des enfants ont été enrichissants – les enfants sont toujours reconnaissants et enthousiastes lorsqu’on leur lit un livre ! C’est un geste tout simple qui donne pourtant des résultats extraordinaires.

Maman n’est pas d’ici… (Steinkis)
De Julianne Moore, illustré par Meilo So.

  • Sortie le 21 mai 2014 • 48 pages • 13.50 €

Maps To The Stars Official Trailer

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