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« In Thy Beauty » Une histoire d’amour entre Richard Wagner et Mathilde Wesendonck

Marie Saadi

Lorsque Richard Wagner rencontre Mathilde Wesendonck, en 1852, la jeune femme est mariée à un de ses mécènes mais il en tombe éperdument amoureux. Bien que cet amour soit réciproque, Wagner est lui aussi marié, et Mathilde ne souhaite pas mettre en péril son propre mariage.

A la fois muse et poétesse, Mathilde va inspirer Richard qui va accepter, par amour pour elle, de composer des mélodies sur des textes autres que les siens. Avec ces lieder, il crée des airs d’une grande sensibilité que l’on retrouvera ensuite dans les grands opéras qui feront sa renommée, notamment La Walkyrie et Tristan und Isolde.

Wagner écrivit les lieder pour piano seul et voix de femme, mais également une version orchestrale du lied intitulé Träume (Rêves) qui devait être jouée par un orchestre de chambre sous la fenêtre de la chambre de Mathilde pour son anniversaire.

In thy beauty raconte cette passion en faisant dialoguer les lettres écrites par Wagner à Mathilde et les mélodies inspirées par ses poèmes, les Wesendonck Lieder, ainsi que les deux pages essentielles de l’opéra Tristan und Isolde, que sont le prélude et la mort d’Isolde. C’est une oeuvre du compositeur québécois Marc Hyland, In thy Beauty, qui constitue l’introduction à ce spectacle, et lui a donné son nom. Composée sur un poème d’E.E. Cummings, cette mélodie pleine de tendresse chante tout simplement la beauté de l’être aimé.

« Wagner a toujours souhaité que sa musique, quelle qu’elle soit, soit joué avec un esprit de musique de chambre », précise Marie Saadi, créatrice et interprète d’In thy Beauty, « Wagner avait demandé au grand professeur de chant Manuel Garcia, père de Maria Malibran et Pauline Viardot, de venir écouter et conseiller ses chanteurs. Garcia ne vint jamais. Son enseignement aurait très probablement changé la manière dont on chante Wagner aujourd’hui…nous serions donc plus proche de l’intimité dont Wagner rêvait »

Au sein du théâtre de l’île Saint-Louis, ce sont une cinquantaine de spectateurs qui pourront découvrir chaque mardi soir ce spectacle intime, un format plutôt inhabituel pour ce compositeur dont la musique résonne dans les plus grandes salles du monde, mais propice à la création d’une proximité plus forte entre le public et le compositeur.

3 questions à… Marie Saadi

Comment avez-vous découvert les Wesendonck lieder ?

Ma première rencontre avec les Wesendonck lieder date de l’époque où je travaillais chez HMV, au rayon musique classique, pour financer mes études. Nous y diffusions souvent les nouveaux CDs qui arrivaient en magasin. Un jour, les premières notes de « Der Engel » ont retenti dans le rayon. J’ai brusquement arrêté de parler, j’étais juste émerveillée car je n’avais encore jamais entendu cette oeuvre, et c’était magique : il s’agissait alors de la version de Cheryl Studer. Depuis, je suis devenue une fan inconditionnelle de ce cycle, et j’adore faire des écoutes comparatives avec les différents chanteurs qui l’ont enregistré, comme Jonas Kaufmann, Nina Stemme, Waltraud Meier, Jane Eaglen, Christa Ludwig, Astrid Varnay ou Kirsten Flagstad… mais la version que je préfère reste sans conteste celle de Jessye Norman avec Irwin Gage au piano.

A quel moment a germé l’idée d’In thy beauty, et comment avez-vous travaillé pour construire ce spectacle ?

J’avais une grande envie de chanter les Wesendonck lieder, mais je trouve le concept du récital en soi toujours un peu ennuyeux, s’il n’y a que du chant. J’ai donc imaginé un récital « plus plus », sans réelle mise en scène mais avec un fil conducteur qui ferait découvrir au spectateur l’univers wagnérien de façon plus intimiste. Wagner a toujours dit qu’il fallait jouer sa musique comme de la musique de chambre et c’est sur cette affirmation que je me suis appuyée pour imaginer In thy Beauty. Je me suis dit : pourquoi ne pas partir de l’histoire d’amour entre Richard Wagner et Mathilde Wesendonck et alterner les lieder avec la lecture des lettres adressées par Richard à Mathilde ? Ainsi, le spectateur a une approche plus intime, et une compréhension beaucoup plus profonde de l’intention derrière chaque lied. Je me suis plongée dans cette correspondance pour sélectionner soigneusement les lettres, car je souhaitais que chaque texte soit associé au lied qui le suit. Soit dans une logique chronologique, c’est-à-dire qu’ils ont été écrits en même temps, soit parce que l’émotion qui les anime est similaire. Je me suis alors souvenue de la pièce qu’un ami compositeur, Marc Hyland, m’avait fait entendre, et qu’il avait créée sur un poème de E.e. Cummings intitulé « In thy beauty ». Cette magnifique mélodie contemporaine « chante simplement la beauté de l’être aimé », comme aime à le dire son compositeur, et j’ai décidé d’en faire la pièce d’ouverture du spectacle. Avec un titre aussi beau, elle ne pouvait que sublimer l’émotion wagnérienne !

En quoi cette histoire, qui se déroule au milieu du 19e siècle, peut-elle encore parler au public d’aujourd’hui ?

L’amour est L’amour est un sentiment universel : il parle à tout le monde et à toutes les époques. La passion que Richard Wagner et Mathilde Wesendonck ont vécu devrait être encore vécue aujourd’hui! Nous sommes tous conscients du fait que nous évoluons dans une époque qui va très vite, et nous sommes bombardés d’informations en permanence via la télévision, les Smartphones, la radio, les réseaux sociaux. On est connectés sans interruption et la première chose que la plupart des gens font en ouvrant les yeux le matin, c’est de regarder leur Smartphone, moi y compris! Alors j’ai imaginé ce spectacle un peu comme une terre d’asile, un cocon de douceur et d’émotion, un bond de 150 ans en arrière dans le temps. Dans l’ambiance feutrée de ce petit théâtre tout de rouge vêtu, il n’existera que le public, la musique et ces lettres. Là, les spectateurs n’auront qu’à fermer les yeux et à se laisser transporter là où tout n’est que luxe, calme et volupté.

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