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Houdon ou l’histoire d’une œuvre spoliée

Houdon 1780 - Photo Im Kinsky

Retour de la Diane de Houdon au Palais Lazienki (Varsovie)

Bien spolié

C’est de retour à Paris en reprenant mes informations documentaires et bibliographiques que j’acquis peu à peu l’intime conviction que l’œuvre vue à Vienne serait l’exemplaire du buste en marbre qui faisait partie des collections du dernier Roi de Pologne, Stanislas II Poniatowsi. Tout semblait concourir à cette identification : tout d’abord une particularité dans la façon dont l’œuvre était signée (double signature sur la tranche du bras droit en caractères cursifs « houdon, 1780 » et sur la courroie du baudrier « A. Houdon, F. AN. 1777« ),  puis le contexte de localisation recoupé à mon historique et enfin l’analyse faite de l’œuvre.*

Seulement je savais grâce à mes références bibliographiques (cf. expertise Valérie Roger) et à la vérification de leurs sources que je pus obtenir des archives polonaises, que l’œuvre qui ornait autrefois le Palais Lazienki de Varsovie parmi d’autres trésors de la collection du Roi Stanislas II Poniatowsi, avait disparue depuis sa spoliation par les allemands en 1940. Il était donc de mon devoir d’en informer le plus rapidement la maison de vente. Moment d’arrêt, les conclusions de mon compte rendu de recherches empêchant la mise aux enchères.

Il faut savoir que l’œuvre dont je venais de valider personnellement la paternité à Houdon aurait pu atteindre une somme considérable en vente publique si la conclusion de mon historique ne la donnait pas comme bien spolié. Souvenons nous par exemple du prix atteint par le buste du marquis de Biré passé en vente le 13 décembre 2002 à l’Hôtel Drouot (étude Rossini), après que j’eusse été consultée pour donner mon avis et que l’œuvre fut ainsi « donnée à  » Houdon. C’est le marchand Daniel Katz qui l’emporta en salle des ventes pour la somme de 630 000 euros. Il la vendit ensuite au J. Paul Getty Museum.

Pour le buste de Diane vu à Vienne, assurée de ma découverte, je contactais le musée de Varsovie pour que tous soient bien informés et demandais à la maison de vente Im Kinsky de faire de son côté la vérification sur les data-base des biens spoliés. Plus rien alors ne relevait de ma mission. Je rappelle la complexité des juridictions concernant les biens spoliés au niveau international. La joie de ma découverte était mêlée à l’attente du suivi des évènements

Le Art Recovery Group

Durant l’été 2015 je reçus un appel de Christopher Marinello, CEO du Art Recovery Group, groupe privé dont la fonction consiste en la restitution des œuvres d’art spoliées (stratégie et négociations). Il me félicitait de mon expertise et tentait d’en savoir davantage sur le propriétaire de l’œuvre. Je ne pus lui répondre, mon historique s’arrêtant au moment de sa spoliation par les allemands en 1940. Je savais seulement des informations transmises par la maison de vente autrichienne que le propriétaire l’avait reçue en cadeau de son grand père et que ce dernier l’aurait achetée en Pologne juste après la seconde guerre mondiale (année 1945-46) dans un « artshop » m’ a t-on indiqué. C’est alors que commença l’action du Art Recovery Group pour la restitution de l’oeuvre à la Pologne laquelle aboutit au retour de la Diane sur le lieu de sa destination première, le Palais Lazienki de Varsovie

Photo :  Im Kinsky

*En ce qui concernait une éventuelle étude scientifique en vue de confirmer une datation, j’eus alors confirmation par l’atelier IACC (Brans) qu’une étude au microscope électronique je cite « ne donnait pas vraiment de résultat pour des pièces en marbre du 17e ou 18e siècle et qu’il ne serait pas possible non plus a priori sauf si l’on observait des traces d’outils très modernes de différencier ces pièces de sculptures du 19ème ou du 20ème ».

Houdon l'Enquète

Diane chasseresse, Jean Antoine Houdon – Photo: Valérie Roger

Houdon-Diane-photo by Valérie Roger

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