Germaine Krull : Un destin de photographe

Germaine Krull

De parents allemands mais polonaise de naissance, Germaine Krull, après avoir été élevée principalement par des précepteurs, étudie la photographie à Munich et fréquente la bohème munichoise où elle rencontre un anarchiste russe qu’elle épouse, puis participe activement aux mouvements bolcheviques et se trouve arrêtée et condamnée à mort suite à la grande répression provoquée par l’assassinat du secrétaire du Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne.

Elle s’enfuit à Berlin où elle ouvre un atelier de portrait tout en continuant ses activités politiques, vendant en cachette des portraits de Lénine.

Jean Cocteau de Germaine Krull

Jean Cocteau de Germaine Krull

Elle fréquente les dadaïstes berlinois et les expressionnistes, réalise des photos de nus féminins qu’elle aborde de manière remarquée pour l’époque tant pour le sujet que par sa liberté d’expression, puis s’installe aux Pays-Bas où elle expérimente la photographie d’architecture et celle des engins mécaniques des ports au sujet desquels elle fait éditer à son arrivée à Paris en 1926 le portfolio Métal qui lui apporte immédiatement la renommée, l’intégrant aux mouvements d’avant-garde de la Nouvelle Vision photographique et lui permettant de participer deux ans plus tard au lancement du magazine photographique VU, qui prône une forme de « reportage » qui rejoint la conception de la photo de Germaine Krull, à savoir une liberté d’expression, de prise de vue sans tabous et de proximité avec le sujet, grâce à son appareil « petit format » 6 x 9 cm, l’Icarette.

« Le photographe est un témoin. Le témoin de son époque. Le vrai photographe, c’est le témoin de tous les jours, c’est le reporter. » disait-elle de son métier.

Nus de Germaine Krull

Nus de Germaine Krull

L’exposition du Jeu de Paume retrace principalement la période parisienne de la photographe 1926-1935, qu’illustrent 130 tirages d’époque et des publications photographiques où le travail de Germaine Krull se trouve au premier plan. On prend ainsi conscience des innovations esthétiques qu’elle a su intégrer dans sa recherche créative et artistique, cette dernière étant empreinte toute à la fois de continuité et de constance mais aussi d’une indéniable touche d’originalité, la patte de l’artiste, qui ont conféré à Germaine Krull son charisme, quelques soient les sujets quelle abordait, qu’il s’agisse des bas fonds de Paris et de ses petites gens, des quartiers populaires ou de la “Zone”, des clochards qui font son succès dans VU, des halles et des marchés, des fêtes foraines, ou bien encore de ses passions pour l’automobile et pour le voyage par la route, et de son intérêt pour les comportements féminins, de l’écrivaine à l’ouvrière avec une fascination ouverte pour leurs mains.

Son travail a toujours eu comme motivation principale, le fait d’être publié, et outre le magazine VU, elle a participé également à de nombreuses autres publications, comme les magazines Jazz, Variétés, Art et Médecine, L’Art vivant, etc.

Elle a publié surtout plusieurs livres ou portfolios dont elle est l’unique auteur, particularité qui la distingue de tous les photographes de sa génération : Métal (1928), 100 x Paris (1929), Études de nu (1930), Le Valois (1930), La Route Paris-Biarritz (1931), Marseille (1935), ainsi que le premier photo-roman avec Georges Simenon, La Folle d’Itteville (1931). Ces publications regroupent près de cinq cents photos.

Ses photographies illustrent d’autres livres collectifs importants, notamment sur Paris : Paris, 1928 ; Visages de Paris, 1930 ; Paris under 4 Arstider, 1930 ; La Route Paris-Méditerranée, 1931.

Portrait de germaine krull

Portrait de germaine krull

Politiquement ancrée à gauche, femme de passion, d’énergie et de volonté, les photos de Germaine Krull sont à l’image de leur auteur, originales, atypiques et déconcertantes. Même durant les années qui suivront, lorsqu’elle s’ engage dans la France libre en 1941 où elle est aussi très active, en participant à la Bataille d’Alsace (elle en fait un livre) puis partant ensuite pour l’Asie, se convertissant dans la foulée au bouddhisme et se mettant au service des Tibétains exilés en Inde, elle produira des milliers de photographies de sites et de monuments bouddhiques, notamment dans la perspective de l’illustration d’un ouvrage de son ami André Malraux.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle publiera des livres d’une conception originale : Ballets de Monte-Carlo (1937) ; Uma Cidade Antiga do Brasil ; Ouro Preto (1943) ; Chieng Mai (c. 1960) ; Tibetans in India (1968).

Fidèle à sa ligne de conduite artistique qui cherche à promouvoir le travail de recherche, de conservation et d’édition autour de l’œuvre de femmes photographes afin de les mettre en valeur, le Jeu de Paume présente ici un très bel et remarquant hommage à Germaine Krull grâce au travail et aux recherches approfondies et uniques menées par Michel Frizot, commissaire de cette exposition, personne n’ayant jusqu’alors réalisé d’analyses concernant une œuvre publiée aussi bien dans des revues que dans des livres.

jeudepaume.org

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