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Fondation Louis Vuitton : l’en-verre sans décor

Fondation Louis Vuitton

Nouveau lieu d’exposition de la création artistique contemporaine, l’inauguration de la Fondation est consacrée à son édifice. Œuvre magistrale de l’architecte nord-américain Frank Gehry, cette architecture-sculpture déploie ses voiles de verre dans le jardin d’acclimatation du bois de Boulogne.

Un oxymore architectural…

Frank Gehry réalise à 80 ans un oxymore architectural. Une masse de légèreté, un nuage, un navire, un cocon venu s’échouer au beau milieu d’un jardin. Un en-verre sans décor. Un dedans-un dehors. Cette prouesse de technologies, dont la structure est constituée d’immenses poutres de bois apparentes sur lesquelles reposent des voiles de verre, joue de toutes les oppositions, tenant dans un entre-ciel-et-terre d’équilibriste. Le verre, dont l’opacité par un effet de sérigraphie filtre la lumière à 50%, permet au visiteur de s’y refléter tout en lui offrant assez de transparence pour que son image se perdre dans le paysage. Mise en abyme à figure d’ouroboros, symbole d’union des principes opposés et de l’éternel retour. Cette circularité se meut et se déploie jusqu’à la spirale dans cette espace ni clos ni ouvert. Eau, arbres, ciel, nuages en constituent le décor. Les lignes courbes contribuent à fondre davantage encore cet édifice aux dimensions pourtant gigantesques. Ce qui semble un navire de prime abord se mue en un cocon vu de haut, se mêlant aux nuages dont il semble issu. Une poésie suspendue, un souffle de métal, le scintillement de l’eau, la transparence du verre ; tout ici concourt à dépasser les frontières. Frontières entre les arts, réussissant l’exploit d’être une gageure technologique poétique ; frontières entre les lieux, ceux d’un musée fermé et d’un jardin ouvert s’entremêlant dans un va-et-vient constant. Frank Gehry réussi l’harmonie des contraires, la quintessence des 4 éléments, verre-air, bois-terre, métal-feu et l’eau qui l’entoure.

Quel cahier des charges le commanditaire, Bernard Arnault, a-t-il donné à l’architecte ? Quel message, l’homme d’affaires et collectionneur a-t-il demandé à l’artiste de traduire sous forme d’équilibre des vides et des pleins, art de l’architecte, s’il en est un ? De tout temps, le pouvoir et l’art se sont associés, engendrant les polémiques, pour inscrire leurs traces conjuguées dans la pierre, fut-elle de verre. L’histoire regorge d’exemples dont nous admirons ou décrions encore aujourd’hui les réalisations. Des associations semblant, parfois, antinomiques d’hommes alliant puissance et art ont marqué leur époque. Mais quel que soit l’avis des uns ou des autres, l’adhésion ou le rejet qu’une œuvre d’art, par nature, ne peut manquer de susciter, quelles que soient les petites histoires qui entourent d’un halo plus ou moins opaque l’histoire elle-même, Bernard Arnault, avec cette Fondation à l’architecture si emblématique, inscrit aujourd’hui à ciel ouvert son nom dans les pas des grands mécènes.

… écrin pour une collection

Qu’en est-il de la collection que Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation et ancienne directrice du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, constitue, suivant les goûts personnels de Bernard Arnault, depuis des années ?

Pour le moment, seules quelques pièces sont présentées, donnant les grandes directions de la collection. L’ouverture étant consacrée à la présentation de l’architecture du bâtiment par une exposition sur la « genèse et conception du bâtiment ».

Pour les pièces exposées aujourd’hui, nous retiendrons, notamment, une salle consacrée à Gerhard Richter, une autre à une triple projection de Christian Boltanski et celle consacrée à Pierre Huyghe.

Cette dernière présente « A Journey That Wasn’t 2005 », une fiction écologique saisissante de 21 minutes et 43 secondes. Sublimes images juxtaposant les univers de l’Antarctique chaque jours plus menacé et les univers de nos villes modernes, symbolisées par des images filmées à New York. L’artiste préoccupé par le réchauffement climatique et la fonte de la calotte glacière a navigué vers le sud du cercle polaire Antarctique pour découvrir des terres non cartographiées. Son propos est simple et beau, engagé et indiscutablement triste. Il reflète ce qui nous arrive aujourd’hui alors que contre vents et marées, nous continuons de chanter… A chanter tout l’été, le risque est de devoir bientôt danser…

En décembre, voire au printemps prochain, d’autres pièces seront peu à peu dévoilées au public. Une programmation d’événements de danse, de concerts, de poésie est également prévue. Laetitia Lormeau pour artsixMic

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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