Exposition « Paris vu par Hollywood » à l’Hôtel de Ville de Paris

Présentée du 18 septembre au 15 décembre 2012 à l’Hôtel de Ville de Paris, l’exposition « Paris vu par Hollywood » évoque la manière dont le cinéma américain, sur plus d’un siècle, a représenté la capitale française, lui offrant une place de choix dans l’histoire du cinéma.

Paris est, de loin, la ville étrangère la plus représentée dans le cinéma hollywoodien. Plus de huit cents films américains ont été tournés à Paris ou reconstituent la capitale française en décor. Comme l’a lancé Ernst Lubitsch, grand spécialiste puisqu’il situa à Paris une dizaine de ses films sans jamais y tourner un plan, « il y a le Paris de Paramount et le Paris de la MGM. Et puis bien sûr le vrai Paris ».

Pour Hollywood capitale du cinéma muet, Paris est d’abord une ville d’histoire, la cité médiévale de Notre-Dame de Paris, roman de Victor Hugo extraordinairement populaire aux États-Unis, la ville de la civilisation du plaisir de la fin l’Ancien Régime, contrastant avec celle de la peur et de la violence révolutionnaires.

Des années 30 aux années 40, la représentation de Paris joue essentiellement sur le registre de la sophistication et de l’érotisme. Paris est la capitale du raffinement, de la haute société mondaine à laquelle Lubitsch apporte sa « touch ».

L’âge d’or, éclatant, coloré, musical, du Paris Belle Époque dans la représentation hollywoodienne de la ville, prend place au cours des années 50. Voici une décennie de films cancan, véritable musée impressionniste et bohème d’un Paris qui se multiplie à l’infini, toujours plus spectaculaire, reconstitué dans les studios californiens tel un tableau animé en musique et en chansons.

À partir des années 50, les cinéastes américains viennent enfin tourner à Paris, qui devient un terrain de jeu pour certains d’entre eux (Blake Edwards, Stanley Donen, Alfred Hitchcock…) et une ville moins décorative, même si elle reste empreinte de clichés. Funny Face puis Charade de Stanley Donen représentent l’archétype de ces films rapides et élégants qui arpentent la capitale via ses passages obligés. Les films hollywoodiens donnent une forme concrète à leur rêve parisien, ne serait-ce qu’en employant bon nombre d’acteurs et de techniciens français.

Après une certaine période de désintérêt durant les années 70, la ville revient en force comme espace du film policier, du film d’action, du film de complot, dans des gros budgets hollywoodiens souvent spectaculaires. Mais ce Paris est double : il fige les clichés traditionnels en stéréotypes répétitifs, tout en changeant : il est plus inquiétant, plus mêlé, plus violent, tout en conservant cet inégalable pétillement qui fait son aura autour du monde.

Rythmée par de nombreux extraits de films et réunissant photographies, maquettes de décors, costumes, scénarios, affiches, l’exposition rassemble près de 400 documents, provenant d’archives françaises et américaines telles que la Cinémathèque française (plus de 150 oeuvres proviennent de ses collections), la bibliothèque des Oscars (Margaret Herrick Library), Warner archive… et de collectionneurs privés.

Le public pourra y découvrir des dessins, des décors d’Un Américain à Paris de Vincente Minelli, de Moulin Rouge de John Huston, de Minuit à Paris de Woody Allen… Des robes dessinées par Hubert de Givenchy pour Audrey Hepburn, les statues monumentales créées par le décorateur Dante Ferreti pour Hugo Cabret de Martin Scorsese. Une vingtaine d’écrans permettront de découvrir près de 70 extraits de films, des premiers films d’Edison à ceux de Woody Allen, ainsi que des reportages sur les tournages de Drôle de Frimousse de Stanley Donen, L’Étau d’Alfred Hitchcock, etc. Un écran monumental de 20 mètres de long, proposant un montage mêlant extraits de films, photographies et affiches, résumera un siècle de correspondance ininterrompue entre Hollywood et Paris.

Paris est, de loin, la ville étrangère à l’Amérique la plus représentée dans le cinéma hollywoodien. On peut estimer le nombre de films américains situés à Paris à près de huit cents. Plusieurs films par an assurément, parfois jusqu’à dix ou quinze dans la saison.

L’EXPOSITION

Cette sensation du spectateur américain moyen de connaître Paris est évidemment une illusion : ce qu’il reconnaît, ce sont quelques clichés de la ville fabriqués par Hollywood, que l’on retrouve dans les plans d’ouverture d’Un Américain à Paris (1951), la place de la Concorde, l’Opéra, le pont Alexandre III avec en fond d’écran la tour Eiffel, la place Vendôme devant le Ritz, le jardin des Tuileries, l’extrêmité verdoyante de l’Île de la Cité laissant apparaître Notre-Dame. Mais pourquoi Hollywood a-t-il investi tant de moyens pour enregistrer, ou plutôt fabriquer, du Paris par centaines de films ? Aux yeux du public américain, Paris est l’expression du désir, du plaisir et de la sophistication. En retrouvant la capitale française sur grand écran, il a l’illusion de boire une coupe de champagne, d’assister à un défilé de mode, de discuter avec une jolie femme ou de flâner de devantures en devantures de librairies – sans subir ni mal de crâne ni l’humiliation qu’on vous écarte au dernier moment du podium, ni l’éventualité d’un échec ni celle de marcher dans une crotte de chien.

Que faire de ces clichés de Paris que nous renvoie le cinéma hollywoodien ? Certains s’en sont offusqués, au nom de la France, de sa fierté de vieux pays civilisé menacé par l’américanisation de sa culture. Cette exposition trouve plus stimulant de considérer que cette image de Paris renvoie moins à la ville elle-même qu’à une pulsion projetée par sa fabrication. Autrement dit : Paris, dans ces films, parle autant de la capitale française que du désir américain.

LE PARIS HISTORIQUE DU MUET

Pour le Hollywood des premiers temps, cinéma muet des « années rugissantes », premier âge d’or, Paris est d’abord une ville d’histoire. Cette cité qui possède une histoire prestigieuse fait rêver un peuple sans histoire, ou du moins d’histoire récente, qui peut se projeter à travers quelques grands classiques de la littérature française ou européenne dans des époques lointaines au charme exotique ou au primitivisme délicieusement inquiétant. Et surtout si romanesques. La cité médiévale de Notre-Dame de Paris, roman de Victor Hugo extraordinairement populaire aux États-Unis ; le Paris de d’Artagnan et des Trois Mousquetaires de Dumas ; la ville de la civilisation du plaisir de la fin d’ancien Régime contrastant avec celle de la peur qu’inspire la Révolution française et sa violence ; la capitale du faste, du luxe, ville-lumière de la Belle Époque où oeuvre une bohème littéraire et artistique vivante, festive et fameuse. Tous ces Paris sont reconstitués avec d’énormes moyens, ville de carton-pâte qui devient un personnage en lui-même, flamboyant mais parfois un peu ridicule et grandiloquent, peu crédible en tous les cas, apparaissant au coeur de films à l’ambition épique, fresques historiques de grand spectacle.

PARIS SOPHISTIQUÉ ET COMÉDIE SENTIMENTALE

De la fin des années 1920 aux années 1940, la représentation hollywoodienne de Paris joue sur deux registres complémentaires. La capitale du raffinement, de la sophistication, de la haute société mondaine, à laquelle Ernst Lubitsch apporte sa « touch » à travers jolies dames et beaux messieurs, intrigues sentimentales complexes, dialogues virtuoses et nec plus ultra du chic parisien. Mais Paris est aussi une ville de folklore populaire, avec chansons de rue, ruelles obscures et poétiques, figures héroïques, scandaleuses ou séductrices. Ce Paris synonyme de plaisir parfois louche reste cependant une fabrication purement fantasmatique : Hollywood tourne énormément de films sur Paris, ses Parisiennes et son folklore mais aucun tournage n’y pose jamais ses caméras, tout est refabriqué de loin. En 1930, par exemple, un journaliste de Ciné-Magazine s’étonne de ce genre en soi : « Jamais plus qu’aujourd’hui, dans toute l’histoire du film, il n’y a eu en Amérique un tel engouement pour les atmosphères françaises, surtout parisiennes… ». Comme l’a lancé un jour Lubitsch, « il y a le Paris-Paramount, le Paris-MGM, et le Paris en France. Le Paris-Paramount est le plus parisien des trois ! » On perçoit que, dans l’esprit lubitschien, compte d’abord le Paris de cinéma, ce Paris si typiquement hollywoodien qu’à la fin de Casablanca, dans une réplique fameuse, Humphrey Bogart dit à l’oreille d’Ingrid Bergman avoir enfin retrouvé : « Nous aurons toujours Paris… ».

FRENCH KISS : SÉDUCTRICES ET SÉDUCTEURS

Paris est le lieu du libertinage, de la célébration de la femme et de ses beautés. Et bien des comédies de l’époque, si elles veulent raconter un adultère, situent leur action à Paris, qui signifie pour tous les Américains une atmosphère aussi pimentée que légère, excitante et érotique… Paris, fournissant au cinéma américain nombre de séductrices et de séducteurs, est indéniablement la « capitale de l’amour ». La Parisienne en est l’emblème, offrant à Hollywood une figure sur laquelle se fixer. Ce modèle, au sens pictural, de la femme de Paris a sans doute permis à Hollywood de polir un idéal esthétique et moral, ce qu’on appelle le glamour. Il y a là, sûrement, une certaine provocation érotique : cette manière d’insolence, saine et roublarde à la fois, de jouer de ses atours et de moquer gaiement l’effet qu’ils provoquent, insolence qui confère à certaines femmes une force vitale qui fait succomber. Mais filmer le charme, la séduction, la frivolité, c’est, aussi, bien évidemment, activer un ressort ambivalent du cinéma américain : le rapport entre désir et morale. Autant le cinéma veut, par nature, faire frémir l’écran de l’électricité des corps désirants, autant, dans le même geste, il peut être porté à les condamner moralement.

LES ANNÉES 50, L’APOGÉE DU CANCAN FILM

Voici venu l’âge d’or, éclatant, coloré, vif-argent, musical, flamboyant, du Paris Belle Époque dans la représentation hollywoodienne de Paris. À partir de 1950, sur une décennie, les films 1900, dont le french cancan serait le symbole le plus populaire aux États-Unis, reconstituent un véritable musée impressionniste et bohème d’une capitale de l’art qui n’est plus. Un Américain à Paris de Vincente Minnelli, Moulin Rouge de John Huston, French Cancan de Jean Renoir, Les Hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks, Les Girls de George Cukor, Can-Can de Walter Lang, ce type de grosses productions aussi virtuoses que nostalgiques se multiplient, toujours plus spectaculaires, virevoltantes, coûteuses, reconstituant dans les studios californiens la Ville lumière comme un tableau animé en musique et en chansons. Ce que ces films célèbrent avec magnificence est une forme d’alliance, de fusion, entre Paris, la ville qui a créé la culture moderne à travers l’explosion de l’impressionnisme puis du cubisme, grâce à l’invention du cinématographe, de ce que l’on pourrait appeler une «civilisation de la culture urbaine», et Hollywood, la cité qui a su transformer cette culture moderne en une industrie, en un savoir-faire brillant, performant, et lui a donné vie dans le monde entier. C’est ainsi que Paris est devenue la capitale culturelle du monde, à la fois élitiste et populaire, via sa représentation 1900 par Hollywood.

HOLLYWOOD JOUE DANS PARIS

À partir du milieu des années 1950, les cinéastes américains viennent beaucoup plus généralement tourner à Paris, qui devient un terrain de jeu pour certains d’entre eux, par exemple Stanley Donen avec Drôle de frimousse (1957) et Charade (1963), Vincente Minnelli (Gigi en 1958), Blake Edwards et la série des Panthère rose (débutant en 1963), ou même Alfred Hitchcock qui adore tourner une partie de L’Étau dans la capitale en 1969. Pour des raisons économiques, mais également sous l’influence du réalisme de la Nouvelle Vague, une ville plus réelle, moins décorative et folklorique, même si elle reste empreinte de clichés constants, apparaît dans ces films. À la manière de Charade, archétype de ces films rapides et élégants qui arpentent la capitale, les films hollywoodiens donnent une forme concrète à leur rêve parisien, ne serait-ce qu’en employant bon nombre d’acteurs, de techniciens et de conseillers français.

AUDREY HEPBURN, MISS PARIS

Jamais actrice hollywoodienne n’a autant été attachée à Paris qu’Audrey Hepburn, ce dont témoigne sa filmographie, de Sabrina à Charade, de Drôle de frimousse à Ariane, de Deux têtes folles à Comment voler un million de dollars, au total huit des vingt-sept films qu’elle a tournés, le magnus opus de l’actrice ; ce que représente également son rôle dans la mode, puisqu’elle fut l’égérie et l’amie d’Hubert de Givenchy dès 1953, incarnant définitivement le chic parisien. Européenne, née en Belgique, mi-britannique, mi-hollandaise, elle connaît la France et sa culture et parle le français couramment. Mais plus encore, dans la plupart de ces films, le lieu de révélation, investi de pouvoirs magiques, c’est Paris. C’est avec Drôle de frimousse (Funny Face, Stanley Donen, 1956) que cette figure et ce motif s’imposent définitivement. La métamorphose est au coeur du film : le voyage à Paris est un épanouissement pour Jo, la libraire new-yorkaise gentiment austère qui accepte de devenir l’égérie d’un magazine féminin. Comme le prophétise le couturier : elle était une chenille et elle y devient non pas un papillon, mais un oiseau de paradis…

Après une certaine période de désintérêt – Paris a peut-être été surexploité par un cinéma américain qui, des années 1970 au milieu de la décennie suivante, se tourne davantage vers ses propres problèmes intérieurs –, la ville revient en force comme espace du film policier, du film d’action, du film de complot. Rythme haletant, suspense, luxe et glamour donnent le ton, confortant une image touristique de la capitale, mais Paris devient aussi une ville plus inquiétante, labyrinthique, violente, agressive, sans doute plus contemporaine. En 1987, Frantic de Roman Polanski lance le genre, repris depuis par James Bond, Ronin, Da Vinci Code, Rush Hour 3, ou le récent Inception.

COMMISSARIAT
Antoine de Baecque, historien et critique de cinéma, a publié de nombreux articles et ouvrages sur le cinéma français, en particulier sur Truffaut, Godard, la Nouvelle Vague et sur l’histoire de la revue les Cahiers du cinéma, dont il a été rédacteur en chef de 1997 à 1999. Il a également été rédacteur en chef chargé de la culture au journal Libération (2001-2006). Il est professeur d’histoire du cinéma à l’université de Paris ouest Nanterre.

SCÉNOGRAPHIE
Renaud Piérard, architecte muséographe, est l’auteur d’une cinquantaine de scénographies d’expositions pour la Bibliothèque nationale de France, le musée Guimet, le musée des Arts décoratifs, ou encore le Museum national d’histoire naturelle de Paris. Il a participé à la création du musée du Quai Branly et a engagé la rénovation des musées de Da Nang et de Saigon. Il est, en ce moment, engagé dans la création du nouveau département des arts de l’islam au Louvre.

INFORMATIONS PRATIQUES

  • Exposition gratuite du 18 septembre au 15 décembre 2012
  • Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, 5 rue Lobau, Paris 4e
  • Ouvert tous les jours sauf dimanches et jours fériés de 10 h à 19 h
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