Entretien avec Lorenzo Rudolf, le fondateur et le directeur de la foire Art Stage Singapore

Lorenzo Rudolf
Lorenzo Rudolf – Photo DR

 Ouverture aujourd’hui  à Singapour de la foire Art Stage Singapore,  une foire qui réunit au même endroit 8 pays et plates-formes régionales et qui ajoute au sein de cette 4ème édition,  une nouvelle dimension à la proposition artistique. Les plates-formes sont l’Asie du Sud-Est, l’Inde, la Chine, Taïwan, le Japon, la Corée, l’Australie et l’Asie centrale. A cette occasion nous avons posé quelques questions à Monsieur Lorenzo Rudolf, le fondateur et le directeur de la foire Art Stage Singapore.

Quel est votre parcours professionnel ?

Je suis devenu directeur d’Art Basel au début des années 1990, poste que j’ai occupé jusqu’en 2000. Puis j’ai initié Art Basel Miami, avant de rejoindre la Foire du livre de Francfort. Par la suite, je me suis tourné vers l’Asie et ai créé SH Contemporary à Shanghai en 2007, et enfin Art Stage Singapore dont la première édition s’est tenue en 2011.

Pourquoi la création d’Art stage ?

Le monde bouge et voit sans cesse l’éclosion de nouvelles scenes artistiques. Ces dernières années, la croissance économique et l’ouverture sociale ont fait qu’il n’est désormais plus besoin d’aller en Europe ou en Amérique du Nord pour voir ce qui se crée. Le marché est maintenant très largement en Asie. Mais l’Asie est un marché segmenté, fragmenté. Les deux seuls endroits où les choses peuvent se rencontrer sont Hong Kong et Singapour. L’avantage de Singapour est d’être extrêmement stable politiquement et économiquement, et de se trouver à mi-chemin entre l’Est et l’Ouest, mais aussi à mi-chemin du Proche-Orient (les pays du Golfe) et l’Extrême-Orient. C’est pour cela que j’ai créé Art Stage Singapore.

Quelles sont les spécificités d’Art Stage ?

Un salon d’art contemporain en Asie est différent de ce que l’on peut faire en Europe ou en Amérique du Nord, car nous sommes en Asie dans une situation particulière. La création est là, mais les infrastructures sont encore largement absentes. Il y a peu de musées, et le tissu de galeries n’est pas le même. Il nous faut donc trouver, voire inventer, de nouvelles directions et manières de faire. C’est là toute la spécificité d’Art Stage qui s’attache à dépasser les modèles habituels en créant de nouveaux formats, notamment avec des expositions curatées commerciales, faites par les meilleurs curateurs de la région. Le concept de la plateforme, tel que nous l’avons développé, permet de servir d’introduction à des scènes artistiques asiatiques fragmentées, tout en faisant le lien entre elles.

A qui Art Stage s’adresse-t-elle ?

Art Stage s’adresse à tout le monde. Comme dans tous les grands salons d’art contemporain, on y trouve plusieurs publics. Notre objectif n’est pas de nous concentrer sur un seul type de public, sur une élite. Les grands collectionneurs sont là, mais il nous faut aussi nous adresser aux petits acheteurs, en leur permettant de rencontrer des jeunes artistes, financièrement plus abordables. De plus, comme les grands musées sont absents dans la région, Art Stage fait aussi office de musée temporaire, permettant, une fois par an, d’avoir une vue d’ensemble de la création asiatique. Art Stage est donc une plate forme à la fois commerciale et muséale.

Comment se fait la sélection des galeries participantes ?

Notre focus, c’est l’Asie du Sud-Est. Mais en même temps, Art Stage est aussi une grande plateforme de dialogue entre les différentes Asies, ainsi qu’entre l’Orient et l’Occident. C’est pourquoi nous avons une présence très forte de galeries asiatiques, complété par une solide sélection de galeries occidentales. À mes yeux, elles ne se concurrencent pas, mais elles se complètent.

Que sont les plateformes ?

Les plateformes sont conçues comme des exposition dans le salon, permettant de couvrir la totalité de la création artistique asiatique, en la présentant dans son contexte. D’où mon choix de travailler avec des curateurs de haut niveau, chacun ayant pour responsabilité de faire une proposition d’exposition permettant de servir d’introduction à telle ou telle scène artistique. Le changement des curateurs chaque année permettra alors de renouveler les points de vue, et donc enrichira la découverte progressive de chaque scène artistique.

Comment se situe le marché asiatique par rapport à la mondialisation du marché de l’art ?

Nous allons d’une centralisation du monde de l’art vers une décentralisation totale. Aller à New York, comme il y a dix ans de cela, ne suffit plus, car il y a désormais une pluralité de scènes artistiques. Cela est en large partie dû aux évolutions économiques actuelles qui sont en train de tirer vers le haut de nouveaux marchés culturels. On pense bien sûr en premier lieu à l’Inde et la Chine, mais ce n’est pas tout, car il y a aussi le Japon, la Corée, l’Indonésie et toute l’Asie du Sud-Est, qui s’affirment comme des marchés de plus en plus incontournables. Art Stage s’inscrit pleinement dans cette évolution en cours, et y contribue.

Quelle évolution pour le marché asiatique ?

Le marché asiatique est en pleine croissance, et il va continuer à croître. La Chine et l’Inde ont eu ces dernières années une influence forte, en tant que marchés nationaux. Mais à terme, je crois que l’on ne parlera plus vraiment en termes nationaux, par exemple en parlant d’art chinois, d’art indien, d’art indonésien. Non, au lieu de cela, on parlera d’artistes, pris individuellement, qui évolueront sur une scène globalisée. Le monde de l’art ne sera alors plus un privilège occidental, mais une série d’individus ayant une pratique artistique mondialisée.

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