Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule »

Edouard Louis

Élevé dans une famille ouvrière de Picardie, Eddy ne ressemble pas aux autres enfants. Sa manière de se tenir, son élocution, sa délicatesse lui valent de nombreuses humiliations et injures, tant par ses camarades de classe que par son père alcoolique et sa mère revêche. Lui-même finit par s’interroger sur cette homosexualité dont on le taxe avant même qu’il éprouve le moindre désir. Mais la véritable persécution ne vient-elle pas du conditionnement social ? Il parviendra à s’arracher à cette chape écrasante, qui donne au récit une allure zolienne, et à imposer sa personnalité en poursuivant des études de théâtre à Amiens, loin de l’enfer familial et villageois qu’il a connu. Ce texte, psychologiquement frappant, dresse un tableau saisissant d’un monde populaire brutal et sensiblement archaïque. Mais la finesse de l’auteur, par ailleurs sociologue, resitue dans un contexte social le drame familial qui aurait pu devenir une vraie tragédie individuelle. Comment échapper à la détermination ? Comment chaque être peut-il inventer sa liberté ?

En finir avec Eddy Bellegueule vu par Barbara Govaerts pour artsixMic

De cette enfance passée dans un village obscure de Picardie, Eddy Bellegueule ne garde aucun bon souvenir. Cette phrase qui ouvre son roman que l’on apprendra, très vite, être une auto fiction marque de son sceau la dureté et l’âpreté de son histoire. Quand on y pense à deux fois, quelle immense terreur que de n’avoir en tête aucun joli souvenir de son enfance : ferment et socle de la vie.

Car oui, Eddy nous livre ici avec ce premier roman « En finir avec Eddy Bellegueule » la triste réalité d’une première partie de vie passée dans la misère la plus profonde entre principes éducatifs quasi inexistants qui se résument à « devoir être un dur », manque d’hygiène et ostracisme familial, scolaire et social dû à « ses manières ».

Comprenez que ce cher Eddy est homosexuel et dans ce milieu encore plus que dans aucun autre, être « pédé » n’est pas une option. Dans un monde où la réussite sociale se mesure au taux d’alcoolémie et aux coups donnés, l’expression d’une certaine délicatesse (ce qui est le cas d’Eddy qui se définit comme « ayant des manières ») est totalement bannie.

Ce roman, brut et difficile nous place face une réalité « germinalienne » que l’on croirait disparue depuis le siècle dernier. La précision des détails met le doigt sur cette France socialement fragmentée qui n’offre pas les mêmes possibilités que l’on vienne d’un milieu culturel protégé ou du plus bas de l’échelle sociale.

Il est bel et bien question de déterminisme social dans cet ouvrage et Eddy nous livre un exemple fort de courage et de passion. Si ce jeune homme, aujourd’hui âgé de 21 ans, est détruit par la haine qui a empli sa vie jusque là, il donne l’impression de se reconstruire en venant à bout de cet Eddy Bellegueule, victime collatérale d’un milieu social désarmé et laissé pour compte.

En ce sens, son histoire est celle d’une renaissance. Renaissance rendue possible grâce à l’école, au théâtre et à la littérature. Renaissance rendue possible par le rejet de sa condition, par le rejet de suivre cette « reproduction sociale » (la même vie de père en fils et de mère en fille…) et par une volonté sans borne d’accéder à un autre niveau de vie.

« En finir avec Eddy Bellegueule » n’est rien de moins qu’un choc littéraire – salutaire pour son auteur qui se voit déchargé de cette réalité trop lourde qu’il portait seul jusque là, et pour ses lecteurs, mis face à la réalité d’une société qui doit encore évoluer et se soigner.

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  • Broché: 219 pages
  • Editeur : Seuil (2 janvier 2014)
  • Collection : CADRE ROUGE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2021117707
  • ISBN-13: 978-2021117707

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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