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Denis Rivière « une aventure plastique » à la Galerie Patrice Peltier

Denis Rivière
Denis Rivière – L’Ange déchu, 2013, huile sur toile 73 x 60 cm

« Je suis un baigneur sans nom, sans âge ni origine. Asexué comme un ange. Il m’a trouvé dans une brocante vide-grenier et m’a demandé d’être son modèle. Me voilà devenu pour un temps limité, l’égal de ces odalisques et autre ingénue nue comme un bébé joufflu. Fabriqué en celluloïd je suis destiné à exister sous forme de matière colorée à base d’huile et muter ainsi du plastique à la plastique. Il souhaite que je pose dans des situations ou des paysages parfois étranges ou incongrus. Il tente avec conviction de figurer une vision proche de la réalité visuelle et d’y introduire un élément qui perturbera le regard.

Après avoir fait des séjours riches en documentations sur les cultures romaines, hellénistiques et égyptiennes, Il m’a confié avoir beaucoup travaillé sur ces civilisations. Ainsi revisitant la Grèce antique, il m’impose de soulever un Blockhaus de la dernière guerre comme travaux d’Hercule. Il me rappelait à cette occasion avoir peint toute une série sur le mur de l’Atlantique érigé par les allemands lors du conflit 39/45.

J’ai dû prendre des bains dans des eaux différentes. A la mer, pour évoquer les drames de ces gens qui disparaissent noyés dans l’indifférence coupable de ceux qui n’ont jamais faim.

J’ai appris à flotter sur des eaux calmes comme John Everett Millais nous le propose dans son tableau fameux « Ophélie » de 1852, mais aussi de plonger parmi les feuilles de nénuphars pour tenter de récupérer Claude Monet tombé au fond de l’étang. Il m’a construit une balançoire sur une grosse branche d’un des nombreux arbres de son jardin m’a assis dessus et m’a demandé de prendre la pose. Hélas, je ne pouvais me balancer, je n’avais pas le droit de bouger, sinon c’était le martinet.

Il m’entraîne également dans des situations plus tendues. C’est la chute de l’Ange déchu sur un fond abyssal bleu profond où je songe évidemment au rêve d’Icare voulant fuir Minos. A ses moments ludiques, il m’assoit de façon triviale dans une bassine en plastique, me loge entre les cornes d’un bovidé et évoque ainsi les paysages de son enfance normande, me dépose dans les bras d’une femme toute vêtue de marbre entourée par une végétation sombre voire inquiétante, je suis seul et le geste maternel ne peux être suivi d’effet, cette femme est de pierre.

Je me retrouve une autre fois assis sur les bords d’un trottoir parisien et clapotant les pieds dans l’eau claire qui jaillit d’une bouche de caniveau, entouré de mégots de cigarettes.

« Mais pourquoi peindre de cette façon ? » lui demandais-je un jour, en l’observant travailler dans le silence de son atelier. « Vois-tu, me répondit-il, j’ai besoin de rêver et d’être le premier étonné de la situation pour pouvoir espérer surprendre le spectateur. Ma façon de peindre découle de ce constat. Il me faut être le plus près de la réalité, donc revisiter la technique et être très exigeant dans la réalisation formelle pour m’assurer que le regardeur n’aura pas la tentation d’imaginer une autre image , un autre sens que celui que j’ai choisi de développer. Le résultat est peut-être à contre-courant d’une société qui est sous l’emprise du spectacle au détriment du fond, mais ma nécessité m’oblige à préférer le sens sur la forme. » (…) Il ne manque pas non plus d’insister sur une série de tableaux qu’il vient de terminer récemment mais qui a occupé plusieurs années. Là, je vois passer un sujet si commun dans notre environnement quotidien mais pas vraiment banal dans l’univers pictural et qui a certainement choqué bon nombre de visiteurs : Le sac poubelle. Il se présente sous la forme de découpes en bois ou sur toiles peintes avec un réalisme qui ne permet pas d’autres interprétations que l’image qu’il donne à voir. Le problème avec sa peinture est qu’il nous offre un travail plastiquement séduisant appliqué à des sujets qui ne le sont pas forcément.

Après m’avoir promené dans ce monde si riche, être passé de l’antiquité à la dernière guerre, puis l’avoir vu élever quelques oiseaux noirs avant de secouer les résidus de notre époque de consommation pour en arriver à l’innocence du petit enfant ou la perversité de l’ange déchu. Cet ange déchu qui tombe du ciel n’est pas sans rappeler l’importance de ce sujet abordé de façon récurrente tout au long de sa vie, c’est la trace de ses séjours dans les différents pays traversés ou le rêve de la voûte céleste dans la solitude de son travail. C’est son regard sur la fuite du temps et le souvenir du passage de celui qui n’est plus.

Diable, il m’enferme dans l’un de ses nombreux et troublants sacs plastiques noirs, me souhaite le bonsoir et je me retrouve seul dans un recoin sombre de son atelier. J’aime cet homme aussi chevelu et ventru que moi, mais sexué lui, quel veinard. » Denis Rivière

  • Exposition du  6 février au 8 mars 2014
  • Vernissage le jeudi 6 février

Sous le commissariat d’Alexandra Decraene

Galerie Patrice Peltier

Le Tour du monde en sac plastique
Denis Rivière – Le Tour du monde en sac plastique, La France, 2010, huile sur toile sur fond acrylique, 90 x 90 cm
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