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Décès ce vendredi à Paris, de la très très grande poète Juliette Darle

Juliette Darle
Juliette Darle

Inutile de demander son âge à Juliette Darle : « Je ne le dis jamais, répond-elle. Les gens ont tellement de préjugés ! Ils vous enterrent avant que vous soyez vieux ! » Son mari, l’écrivain André Darle, contredit, l’air de rien, dans un sourire, l’explication fournie par la femme dont il partage la vie depuis plus de soixante ans : « De toute façon, Juliette n’a jamais dit son âge, même quand elle était jeune… »

Salués par un BLAISE CENDRARS, un PAUL ÉLUARD ou un LOUIS ARAGON (Excusez du peu!), publiés à la même époque par EDMOND JABÈS au Caire, les premiers poèmes de Juliette Darle parurent chez Seghers et aux Editions André Silvaire.

Aragon les avait tout d’abord présentés dans l’hebdomadaire littéraire qu’il dirigeait, dans plusieurs revues, dans l’un de ses propres livres.

(Si Louis Aragon contribua à révéler de nombreux jeunes écrivains, Jacques Roubaud, Philippe Sollers ou Mathieu Bénézet par exemple, Juliette Darle aura été en poésie l’une des rares voix féminines à retenir son attention).

Par ailleurs, sous l’égide d’un peintre brésilien, VINCENT MONTEIRO, un jury de poètes (LUC BÉRIMONT, PIERRE SEGHERS, EDMOND HUMEAU, GUILLEVIC, GEORGES-EMMANUEL CLANCIER …) décernait à Juliette Darle le Prix du Salon de poésie réservé à un jeune poète.

Née en 1921 dans la Creuse, la jeune provinciale venue étudier à Paris rencontre Paul Éluard, Pablo Picasso, Alberto Giacometti, et publie ses entretiens avec Fernand Léger. Elle collabore ou se lie d’amitié avec les grands photographes du moment comme Willis Ronis, Edouard Boubat, Robert Doisneau, Marc Riboub, André Villers etc…. Juliette Darle est l’auteure d’un Manifeste et d’une trentaine de livres. Elle a présidé avec son mari André Darle la remise du prix Tristan Tzara qu’ils ont fondé ensemble en 1990. Elle a fait partie du groupe des Jeunes Poètes du CNÉ (Comité National des Écrivains), formé à l’initiative d’Elsa Triolet, avec parmi d’autres René Depestre, Alain Guérin, Charles Dobzynski, Jacques Roubaud, Hubert Juin, Josette Mélèze…

Avec son mari André, écrivain, elle dirige la revue Le Temps des poètes et a promu la poésie murale, qui associe poésie et peinture. Considérant que la poésie a partie liée avec l’oralité, elle a longtemps récité ses poèmes en compagnie de guitaristes et de chanteurs, comme Serge Reggiani, puis Alain Buci. Parmi ses nombreuses œuvres : Arbre haute mémoire. Poème pour un cinquantenaire, dessins-collages de Sarah Wiame (1995) ; Les Portes du temps, précédé de Visages du siècle qui s’en va, Limoges, le Bruit des autres (2001).

Rue de la Sourdière à Louis Aragon

Allumez donc les étoiles
les feux de bord Allumez
les lanternes vénitiennes

Le poète est sur le seuil
et les ombres s’en émeuvent

Son regard bleu rend visible
le filigrane du rêve

Son regard bleu rend visible
l’intime clarté des autres

Les livres d’eux-mêmes s’ouvrent
sur l’ode gravée en toi

D’eux-mêmes les siècles s’ouvrent
sur le chant que préfigure
le geste du Citharède

Juliette Darle

Aragon allumait une à une toutes les lampes de l’appartement et Elsa Triolet disait : « Mais enfin, Louis, tu vas faire sauter les plombs… » Ce n’est pas dans mes habitudes d’apporter un commentaire à mes heptasyllabes, mais ma première visite rue de La Sourdière aura en partie inspiré le poème que voilà.

L’espace faisait cruellement défaut, Elsa savait l’agencer selon les besoins du jour. Tantôt de longues planches posées sur des tréteaux formaient un plan de travail où l’on pouvait disposer toute une documentation. Tantôt les planches debout dans un angle de la pièce, laissaient place à des fauteuils de rotin, à un cercle convivial… Du sol au plafond, un mur entier vivait de la chaleur des livres, respirait à leur rythme. On accédait au plus haut, me semble-t-il, par une simple échelle. Le poète semblait connaître la place de chaque livre. La place par exemple des ouvrages sur les troubadours qu’il descendit ce soir-là avec aisance de l’étagère la plus haute. Louis Aragon venait à peine de dépasser la cinquantaine. Ce n’était pas l’homme vieilli qu’on nous présente un peu partout ces derniers temps. Un soir, la discussion fut longue rue de La Sourdière. On assistait à une suite d’attaques sournoises, pensait-on, dans un journal qui lui était proche. Elsa proposa qu’on écrive un article, ce qu’elle nommait « une réponse », dans une lettre que je viens de retrouver. Ce qui me reste en mémoire de cet épisode, c’est la vulnérabilité du poète, une sensibilité démesurée devant la mesquinerie courante. La rue de La Sourdière, c’était les heures passées à interroger Aragon pour un livre que m’avaient commandé les Éditions du Seuil. Avec Elsa, avec André, les questions fusaient, les réponses possédaient le charme inouï du langage aragonien. Il y avait de l’incandescence dans ses paroles. La guerre d’Algérie devait empêcher la parution de ce livre. Le directeur de la collection, Francis Jeanson, me fit parvenir une longue lettre, une lettre manuscrite, pour m’indiquer qu’il entrait dans la clandestinité2, qu’il donnait sa démission des Éditions du Seuil. Une dame, aujourd’hui disparue, devait lui succéder et faire paraître le livre sur l’oeuvre d’Aragon. Il n’en fut rien. La personne en question détestait l’auteur du Paysan de Paris. La rue de La Sourdière c’était parfois mes rendez-vous du matin avec Elsa Triolet. Vers treize heures, Aragon apparaissait avec le nouveau numéro des Lettres françaises qui venait de sortir des presses. Le poète semblait épuisé.

Chaque époque a ses vertiges. L’après-guerre prolongeait des promesses d’espoir insensées. C’était pour André et moi, le temps des rencontres avec Fernand Léger, avec Alberto Giacometti. Ces deux artistes ne manquaient pas d’anecdotes, parfois savoureuses, dans lesquelles apparaissait leur « ami Louis ». Laurent Terzieff m’assista une année à une vente de livres organisée par Elsa Triolet (la vente annuelle du Comité National des Écrivains). Le jeune Laurent Terzieff communiquait une fougue et un enthousiasme extraordinaires. Notre stand fut très animé.

Juliette Darle 25 novembre 2012 – Note écrite pour le trentième anniversaire de la mort du poète.

1) Aragon et Elsa Triolet habitent le 18 rue de La Sourdière de février 1935 à mars 1960, date à laquelle le couple s’installe au 56 rue de Varenne. Toutes les notes sont de la rédaction.

2) Francis Jeanson dirige la collection « Écrivains de toujours » jusqu’en 1955, où Monique Nathan lui succède. En 1957, il met en place le Réseau Jeanson, afin de faire pest décédéervenir des fonds au FLN.

3) Il s’agit de l’ancien hôtel Hirsch, rue de l’Élysée, qui devient la Maison de la Pensée française après la guerre. S’y trouvent également la Maison de la Culture, animée par Aragon et le siège du Comité National des Écrivains (CNÉ). C’est là qu’à ses débuts Juliette Darle est invitée par Aragon à lire ses poèmes devant un parterre d’écrivains, dont Éluard et Tzara.

Les obsèques de Juliette Darle seront célébrées samedi 23 mars 2013, dans l’après-midi, dans la Creuse à Méasnes

Source :  Wikipédia, site de l’Erita, site du lepopulaire.fr

Voir aussi sur artsixmic : http://www.artsixmic.fr/2010/02/26/a-l-homme-qui-marche-d-alberto-giacometti-par-andre-et-juliette-darle/

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