Dada dit Tristan Tzara s’affiche au MAMCS

Tristan Tzara par Man-Ray

Qui dit Dada dit Tristan Tzara. Mais ce poète à multi facettes fut également un grand écrivain d’art et collectionneur à l’œuvre immense, qui influença les générations suivantes mais demeure assez méconnu en dehors de son rôle de père du dadaïsme.

L’exposition que propose le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg est une « première exposition mondiale sur Tristan Tzara », se réjouit Alain Fontanel, adjoint au maire en charge de l’action culturelle, rappelant que l’artiste était lié à la capitale alsacienne par son amitié avec le sculpteur Hans Arp. Une lecture chronologique est proposée à travers un ensemble de 450 d’œuvres d’artistes que Tzara a côtoyés et parmi lesquels il comptait de nombreux amis aux formes d’expression artistique très diverses tel Arp, Brancusi, Brauner, Calder, Chirico, Dalí, Delaunay, Max Ernst, Le Douanier Rousseau, Duchamp, Auguste Forestier, Giacometti, Juan Gris, Gruber, Janco, Klee, Kertész, Greta Knutson, Germaine Krull, Laurens, Man Ray, Marcoussis, Masson, Matisse, Maxy, Michaelescu, Miró, les Barbus Müller, Perahim, Picabia, Picasso, Ribemont-Dessaigne, Hans Richter, Arthur Segal, Schwitters, Sophie Taeuber, Tanguy, Tatzlisky, Zadkine… Une sélection de pièces d’art extra-occidental (Afrique, Océanie, méso-Amérique) et d’art brut et d’une importante sélection documentaire sur Tristan Tzara lui-même seront également présentés au public qui pourra également découvrir les textes de poèmes annotés et souvent couverts de petits dessins, ainsi que des « cadavres exquis », d’après le jeu inventé par les surréalistes, consistant à continuer une phrase ou un dessin sans en connaître le début, aux crayons de couleurs, réalisés avec Breton et Eluard. Il lui sera possible d’admirer des dédicaces de Picasso et Chagall à Tristan Tzara et des lithographies réalisées par Miro pour son texte « Parler seul ».

Cette superbe exposition a été possible grâce à de nombreux prêts en provenance de collections privées et de musées mais aussi de la part de la famille Tzara qui ont ainsi permis de reconstituer l’univers intellectuel et artistique dans lequel a baigné l’artiste de sa naissance en Roumanie en 1895 à sa mort à Paris en 1963. Décrit comme « un génie sans scrupules » par le poète Huelsenbeck, Tristan Tzara, l’homme au monocle, aura été à la fois un témoin et un acteur du XXème siècle, ne cessant de développer son engagement poétique et politique.

La Roumanie de sa tendre enfance est représentée dans l’exposition à travers un paysage artistique empli du symbolisme français qui a influencé son pays natal, ainsi que du dynamisme de l’artiste qui a choisi l’écriture comme moyen d’expression artistique, écriture qui traduit sa grande ouverture d’esprit et sa curiosité intellectuelle infatigable. En 1912, il créera sa première revue « Simbolul » pour transposer en roumain les acquis du symbolisme et y publie l’un de ses premiers poèmes, Sur la rivière de la vie. C’est en 1915, qu’il décide d’adopter le pseudonyme de Tristan Tzara, son nom de naissance étant Samuel Rosentock, Tristan en référence au héros de l’opéra de Richard Wagner, Tristan et Isolde, et Tzara parce que cela signifie « terre » ou « pays » en roumain. L’atmosphère provinciale de Bucarest où il étudie l’ennuie, et rêvant de partir, il quitte la Roumanie pour la Suisse, pays neutre qui accueille la jeunesse d’Europe refusant la guerre.

Inscrit à l’université en classe de philosophie, Tzara rencontre l’Allemand Hugo Ball accompagné de sa femme Emmy Hennings, qui se présente comme un révolutionnaire professionnel, disciple de Mikhaïl Bakounine, et qui confie à Tzara son projet d’ouvrir un lieu où se rassembleraient toutes les dissidences. C’est ainsi que le 2 février 1916, paraît dans la presse zurichoise un communiqué annonçant la création d’un « s de l’avant-garde » dont le rendez-vous est fixé dans une taverne de la Spiegelstrasse pour des soirées quotidiennes ; le café littéraire et artistique dont les murs sont couverts de tableaux créant une ambiance à la fois intime et oppressante est inauguré, son succès est immédiat.

Participant à la naissance du mot « Dada » à Zurich dont il est le plus actif propagandiste du mouvement, Tzara prononce des conférences sur l’art nouveau au sein de la galerie Dada qui s’est ouvert et notamment sur l’art abstrait, et écrit lui-même les premiers textes « dadas » qui enchantent André Breton, Philippe Soupault et Louis Aragon. Tous ces personnages vont entrer en correspondance, et lorsqu’en 1915, le peintre Francis Picabia vient en Suisse pour soigner une dépression nerveuse : Tzara et lui se lient d’amitié. Ceci explique qu’en 1920 que Tzara débarque inopinément à Paris.

Tous ensembles, ils se lancent dans une grande variété d’activités destinées à choquer le public et à détruire les structures traditionnelles du langage. La vie de Tzara est jalonnée d’engagements. Membre de l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires dès 1934, il se rangera aux côtés des Républicains durant la Guerre d’Espagne puis rejoindra le parti communiste au sortir du conflit, pour ensuite dénoncer l’intervention soviétique en Hongrie et signer le Manifeste des 121 au moment de la guerre d’Algérie. Longtemps il tentera de réconcilier surréalisme et communisme.

Au fil des années, Tzara poursuivra avec intensité l’écriture d’une œuvre dense faite de poèmes, d’essais et d’écrits critiques sur l’art. Les plus grands artistes de son époque, qui furent aussi ses amis, illustrèrent ces écrits. La directrice du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, Estelle Pietrzyk, a souhaité « redérouler son parcours de façon plus ample », Serge Fauchereau, commissaire général de l’exposition, souhaitant mettre en lumière le « côté constructeur qu’on a oublié chez Tzara »: « Dada, c’est très important, mais que fait-on une fois qu’on a tout cassé?« , s’interroge-t-il, rappelant que la notoriété de Tzara « a souffert d’un double embargo, surréaliste et communiste« , lié à sa rupture avec André Breton en 1922 puis à ses critiques de la répression soviétique à Budapest en 1956. « Tzara ne deviendra jamais un auteur populaire mais je pense qu’on va contribuer à le rendre plus compréhensible », s’amuse-t-il. Découvrir Tzara ou le redécouvrir.

Photo : Tristan Tzara par Man-Ray

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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