Bernadette Costa-Prades « Tina Modotti » femme photographe

Tina Modotti

Bien qu’elle n’ait fait des photos que pendant sept ans, les oeuvres de Tina Modotti ont aujourd’hui une renommée internationale. L’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? » qui se tient au musée d’Orsay jusqu’au 24 janvier 2016, et dont elle est une des protagonistes, va permettre de faire découvrir et comprendre son œuvre. Pour nous aider à mieux la connaître, la romancière Bernadette Costa-Prades nous entraîne dans le bouillonnant Mexique post révolutionnaire et l’Europe tourmentée des années 30, afin de nous faire rencontrer cette femme libre qui a vécu sa vie avec passion.

Née dans les dernières années du XIXè siècle en Italie, elle vit les 15 premières années de sa vie dans une grande pauvreté, travaillant dans une usine textile et étant la seule à apporter un salaire à la maison pour nourrir sa mère et ses quatre frères et sœurs. Partie rejoindre son père à San Francisco, le magasin où elle est employée comme couturière l’engage comme mannequin pour présenter les collections en raison de sa grande beauté.

Un an plus tard, elle abandonne le métier de mannequin et se tourne vers une carrière théâtrale puis est découverte par un chercheur de talents de Hollywood. Le cinéma, encore muet, étant alors en pleine évolution. Hollywood lui offre non seulement les rôles principaux dans deux films, I Can Explain et The Tiger’s Coat, mais lui permet de faire partie de tout un cercle d’avant-garde composé d’artistes, d’anarchistes, et d’intellectuels, tous fascinés par l’art, le mysticisme oriental, l’amour libre et la révolution mexicaine.

C’est à cette époque qu’elle rencontre le photographe Edward Weston dont elle devient à la fois l’amante et le modèle, puis l’assistante au sein de son studio. De retour au Mexique, elle évolue dans le Mexico post-révolutionnaire des années 20, en pleine effervescence sociale et culturelle, et la maison des Weston-Modotti devient un lieu de réunion célèbre où se rencontrent radicaux, écrivains et artistes tels que Diego Rivera, Anita Brenner ou Jean Charlot.

Tina, sous les conseils de Weston, maîtrise rapidement la technique photographique, mais s’éloigne du reportage qu’elle s’était fixée pour but et préfère rendre compte de l’agitation politique et de l’injustice sociale dont elle est témoin, ainsi que de la révolution culturelle en cours au centre de laquelle se trouvent les muralistes.

Son amitié avec ces derniers, tous proches ou membres du Parti communiste mexicain, font d’elle la photographe officielle des fresques de Diego Rivera en 1925. Séparée de Weston, elle poursuit son œuvre personnelle et les photographies de travaux d’artistes mexicains destinées à la publication de livres d’art ainsi que ses travaux de photojournalisme pour El Machete, le journal du parti communiste mexicain.

Sa maison est devenue un lieu de rencontre pour les exilés dont elle soutient les luttes de libération nationale et pour nombre d’artistes mexicains, comme le jeune photographe Manuel Alvarez Bravo, Rufino Tamayo ou Frida Kahlo, qu’elle présentera à Diego Rivera. Elle partage alors la vie de Julio Antonio Mella, jeune révolutionnaire cubain en exil. Lorsqu’il sera abattu en pleine rue à ses côtés, la vie de Tina basculera. L’enquête qui suivra cet assassinat sera l’occasion d’une véritable inquisition sur sa vie privée et ses photos seront considérées alors comme des preuves de son « immoralité », causant un tort irréparable à sa réputation et à sa carrière, aussi bien auprès de la base du parti communiste, paysans et ouvriers peu familiarisés avec l’art photographique, qu’auprès de sa clientèle de la haute société qui la voit dépeinte dans la presse comme une « communiste dépravée ».

Elle en restera meurtrie à tout jamais, et cette étape renforcera son engagement dans la lutte pour le changement social. Son travail photographique change alors, la composition lente et précise de l’image esthétique n’étant plus son objectif principal, Tina s’attachant à montrer le mouvement de la vie saisi sur le vif, cherchant à produire des «  instantanés parfaits ».
Mais sa maison est sous surveillance continue, et, suite à sa première exposition, la presse se déchaîne à nouveau contre elle, alors que son travail devient de plus en plus reconnu sur le plan international à un point tel qu’elle devient une caution publicitaire pour Agfa et que ses photos ou des articles sur elle sont publiés dans différentes revues de gauche ou d’avant-garde aux États-Unis et en Europe. Au début de 1930, la sévère répression qui s’abat sur les membres du Parti communiste mexicain abouti à son arrestation et à son expulsion.

Une vie d’errance commence alors ; installée à Berlin, elle n’arrive pas à s’adapter à son nouvel environnement, rejoint Moscou où malheureusement, elle prend conscience que son travail de photographe ne correspond pas aux exigences du réalisme socialiste stalinien. Trop de blessures s’accumulant depuis ces dernières années, Tina abandonne complètement la photographie, préférant se consacrer essentiellement à la lutte contre le fascisme en travaillant pour le Secours rouge international. Elle se rendra ainsi, sous divers pseudonymes dans les pays à régime fasciste pour apporter de l’aide aux familles des prisonniers politiques.

En 1936, dès le début de la guerre d’Espagne, elle est à Madrid, luttant contre les fascistes franquistes puis s’enfuit quelques années plus tard pour Paris puis New York qui la refoule vers le Mexique. Elle y passera la fin de sa vie, ayant repris contact avec ses anciens amis et mourra d’une crise cardiaque à l’arrière d’un taxi… mourra ou sera assassinée ?

Journaliste auteure de nombreux livres dans le domaine de la psychanalyse, Bernadette Costa-Prades nous a habitué aux grands destins de femmes, explorant leur vie amoureuse, tentant de comprendre leurs engagements et les ressorts de leur créativité, en faisant de leurs biographies de véritables romans qui emporte le lecteur dans des récits aussi uniques que passionnants.
Après les vies de Simone de Beauvoir, Frida Kahlo, et Niki de Saint Phalle, elle nous présente Tina Modotti, égérie de la première moitié du XXè siècle, à la beauté et à la personnalité fascinante.

Broché: 203 pages
Editeur : Philippe Rey (8 octobre 2015)
Collection : Fugues
Langue : Français
ISBN-10: 2848764783
ISBN-13: 978-2848764788

Tina Modotti  au musée d’Orsay jusqu’au 24 janvier 2016.

Qui a peur des femmes photographes ? 1919-1945

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