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Balade séraphique en Waits majeur ! « On achève bien les anges » de Bartabas

Photo : Hugo Marty

Descendus du ciel par grappe, des cavaliers ailés, sorte d’anges en chrysalide, enfourchent leurs montures équines pour initier cette balade séraphique. Chevauchant et dansant tout à la fois, les prouesses équestres sont, encore une fois, tirées au cordeau. Rien de l’effort ne se voit, tout est grâce, légèreté, en apesanteur. L’art à son sommet, où la prouesse technique la plus ardue semble… naturelle. Du grand art. Eclos de leur cocon, ces anges semblent nés à ou du cheval, disciples du maître centaure. Bartabas, un monument du théâtre.

« You’re innocent when you’re dream »

Après une longue absence, où il avait fait le choix de ne plus «  être physiquement en piste afin de pouvoir [se] consacrer à l’Académie » du spectacle équestre de Versailles, Bartabas réapparaît sous les oripeaux du Vagabond. La voix de Tom Waits en résonance, voix/e mystique, chants des anges déchus, champs des hommes. « You’re innocent when you’re dream. »

L’humour par touche s’invite, s’immisce comme sur la pointe des sabots, en entracte, ou en amuse-bouche, tel ce vendeur ambulant de friandises à la viande ! « Dolce carniera ! » Halal, casher, et cætera. Il y a de « La Strada » dans cet univers-là. « Uni vers ? Oui, mais vers où ? » semble être la question lancinante qui se dessine au fil des gestes lancés comme autant d’appels sibyllins vers un ciel qui ne répond pas.

Diagonale du fou

Quatre figures envoilées montées sur échasse menacent de leurs longs bâtons un nain fumant, le Bouffon, seul à avoir le pouvoir de rire du roi. L’impertinence en arme fatale, absolue. Le Fou, le Fou du roi, personnage par lequel surgit la vérité. Bouffon, Fou fumeux, Fou fumiste ? Va-t-on savoir ce qu’il y a derrière cette va-peur là ? Des va-t-en-guerre ? Des prélats ? Le chant du coq sonne l’espoir ? L’espoir de la victoire de la république contre l’obscurantisme ?

Le Vagabond, lui, erre, au côté de son cheval, l’anime-mâle, à travers un dédale de tombes parsemées de croix, latines, juives, musulmanes… « Ashes to ashes, dust to dust. » Quelle prétention face à La Mort, la Grande Faucheuse, que les dictats des religions ! Tout est poussière et tout redeviendra poussière, même si cette poussière peut être, parfois, d’étoiles.

« On the road again »

Bartabas n’est pas du genre à moraliser, encore moins à indiquer des chemins tout tracés. Chaque chemin est unique, et chaque individu doit trouver le sien, le Vagabond, lui, s’il tourne en rond, la corde du pendu au cou, ne suit que le sien.

Bartabas est un animal pensant, un animal qui n’a pas oublié sa noblesse d’âme, qui n’a pas oublié que l’art, avec un grand A est un vecteur uni-vers-sel, un vecteur de pensée, un vecteur de courage, un vecteur de liberté et que si l’homme est debout, c’est à son refus d’être à genoux qu’il le doit.

Même titubants, le Vagabond et son cheval reprennent et continuent leur route de terre et de poussière. Les anges, eux, retournent aux nuages dont ils sont nés, et nous, spectateurs, vagabonds de passage, « nous resterons sur la Terre, qui est quelque fois si jolie »*, comme ce soir !

« Notre Père qui êtes aux cieux / Restez-y / Et nous nous resterons sur la terre / Qui est quelquefois si jolie », « Quand j’aurai du vent dans mon crâne », paroles de Boris Vian, chanson interprétée par Serge Reggiani.

Par Laetitia Lormeau pour artsixMic

Photo : Hugo Marty

Tournée 2015

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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