Augusta Hure « Une femme au musée »

Augusta Hure

Née en 1870 à Sens, Augusta Hure fut la Première femme à être nommée conservateur des Musées de Sens, poste qu’elle assura à titre bénévole jusqu’à sa mort en 1953. En cette année anniversaire du transfert des collections des Musées dans l’ancien archevêché, les Musées de Sens ont souhaité lui rendre hommage, elle qui en fut pendant 33 ans responsable et qui les a surtout défendues à une époque où le patrimoine n’était pas toujours le centre des préoccupations. Orpheline de père à l’adolescence, et d’un naturel curieux, Augusta Hure fait le tour des stations balnéaires chaque année avec sa mère de 1895 à 1907. Partout où elle passe, tout l’intéresse : les monuments, la géologie, l’histoire…inscrivant souvenirs et impressions dans de petits carnets de voyages, ce qui la mène tout naturellement à publier juste avant la première guerre mondiale, « L’Italie et ses beautés : esquisses d’études et d’impressions ». Parallèlement elle tient un journal intime, son « carnet de vie de femme » de 1904 à 1916, où se révèle sa vraie personnalité, son amour de la nature, son romantisme, son lyrisme et sa curiosité insatiable.

Augusta Hure s’y révèle très concernée par les événements et les évolutions politiques qui jalonnent la guerre. Nationaliste, elle s’engage comme infirmière pour secourir les blessés et devient très vite sous-directrice de l’hôpital 105, situé rue Bellocier à Sens, dévouement pour lequel lui sera octroyé l’Insigne spécial en or du ministère de la guerre, et la Croix-Rouge française Union des femmes de France lui témoigne sa reconnaissance.

Augusta écrit sur tout et partout : de la poésie dans ses carnets intimes, des articles de presse dans Les journaux locaux : La Tribune de l’Yonne, L’Écho de l’Yonne, L’union de l’Yonne…, des notices et ouvrages scientifiques, et même un roman intitulé Antoinette Bilban qui resta inachevé. Dès 1909, elle signe ses écrits dans la presse du pseudonyme Savinienne Delavanne.
Elle est une figure incontournable de Sens, et produit de nombreuses notices d’histoire locale, souvent en relation avec les collections du musée municipal et du musée Jean Cousin dont elle s’occupe avec bienveillance.

N’hésitant pas à confronter son point de vue à celui de savants renommés, ses archives renferment une importante correspondance avec de grands noms de la science de la première moitié du XXe siècle, qui lui ont adressé des lettres d’encouragement, de félicitations pour ses publications et distinctions reçues parmi lesquels A. Blanchet (1856-1857, numismate attaché au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale), S. Reinach (1858-1932, archéologue et historien des religions), Camille Jullian (1859-1933, historien, épigraphiste et académicien), etc. Cette reconnaissance du monde scientifique alors presqu’exclusivement masculin était assez remarquable vis-à-vis d’une femme.

La bibliographie d’Augusta Hure est éloquente : 112 articles et notices scientifiques, 85 articles de presse et surtout 3 volumes qui restent des ouvrages de référence pour l’étude du Sénonais : Le Sénonais préhistorique (1921, prix Saint-Seine de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or 1924); Le Sénonais aux âges du Bronze et du Fer (1931, mention de l’Académie des inscriptions et des belles-lettres 1932) et Le Sénonais gallo-romain, publié à titre posthume dont les dernières parties sont restées à l’état de manuscrit.

C’est la reconnaissance de ses pairs et des amateurs éclairés de son temps qui pousse le maire radical-socialiste Lucien Cornet à la nommer, à la surprise générale en 1920, conservatrice du musée municipal de Sens et du musée d’histoire locale Jean Cousin. Première femme à assumer cette charge en France, elle se dédie bénévolement à cette tâche jusqu’à son décès en janvier 1953.

Si sous sa direction, le Musée ne rencontre pas de bouleversements majeurs, Augusta Hure se passionne pour sa fonction, réaménageant le musée auquel elle fit don de ses collections de minéralogie et de silex ; elle assume consciencieusement les tâches administratives liées au métier de conservatrice qui évolue alors vers une plus grande professionnalisation. Ainsi elle se préoccupe de l’ouverture au public et du gardiennage, effectue des visites guidées pour les touristes, applique à partir de 1948 la nouvelle réglementation exigeant la tenue d’un registre d’inventaire normalisé, et rend compte de l’activité du Musée et défend ses intérêts auprès de la municipalité.

À la fin de sa vie en 1952, elle lègue tous ses biens à la Ville en spécifiant que le bénéfice doit servir à l’entretien et à l’enrichissement des collections, ce qui lui vaudra de recevoir le titre de bienfaitrice de la Ville. En 1959 et en reconnaissance de son action, son nom est donnée à une nouvelle rue dans le quartier au sud de Sens. Un bien bel hommage.

Augusta Hure
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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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