Au cœur des ateliers d’artiste… Anahita Masoudi, Emanuele Ravagnani, Olivier Cans

Il est des artistes, comme des pépites d’or, pour lesquels il faut à l’amateur patience et constance afin de les découvrir. Curiosité, patience, constance : c’est ce qui caractérise le travail du « regardeur-chercheur ». L’art ne se donne pas à voir que dans les lieux publics (musées, expositions, Salons) mais aussi, pour ceux qui osent, en poussant les portes de leur atelier. Pour cela, il faut chercher et filer la trace parfois cahotique de ces artistes dont la renommée est encore une ombre portée.

L’œuvre qu’elle soit picturale, littéraire, musicale… naît au moins deux fois. La première de l’artiste, la seconde de celui qu’il est convenu d’appeler « le spectateur ». L’un donne à voir, l’autre re-garde, dans ce chassé croisé de l’œil, l’angle est double ; l’œuvre, elle, est unique. Unique dans son expansion polysémique, unique dans l’infini dont elle relève. Le temps de l’artiste et du regardeur est celui du fini, de l’humain, dont le cadre s’étend du passé jusqu’au présent tandis que l’œuvre, elle, n’est d’aucun temps ou de tous, d’aucun cadre. Quand une œuvre est chef-d’œuvre, c’est qu’elle a atteint ce point où le langage devient universel, où temps et espace se fondent jusqu’à former une mouvante permanence. L’œil, qui contemple cette idole sans autre dieu qu’elle-même, la recrée à tout instant. Se l’approprie, l’idolâtre, l’abandonne, l’oubli dans un cercle infini de recréations.

Parfois, « ces rêves de pierre »* échappent à nos mots, nous ne savons les expliquer et nous pensons alors ne pas les comprendre. Mais l’œil est un sens qui souvent appréhende sans pour autant articuler. L’œuvre a-t-elle plus ou moins de pouvoir si nous ne savons ou ne pouvons pas en parler, ou ce pouvoir s’incarne-t-il justement par cette fascination muette ? L’émotion, par le truchement de l’œuvre, relie l’artiste et le regardeur en un lieu unique où la matière s’anime, prend vie.

Photo : Anahita Masoudi Huile sur toile 2012

*« Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre, Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour Eternel et muet ainsi que la matière. » « La Beauté », Charles Baudelaire

Anahita Masoudi

Anahita Masoudi habite sa peinture comme d’autres habitent un pays. Sans doute n’est-ce pas anodin que l’autoportrait soit l’un de ces sujets de prédilection. Le corps, le sien, qu’elle expose nous transmet des mots qu’elle-même ne prononcera pas. Le corps, lieu de ces angoisses mais aussi et dans le même temps affirmation de sa force, de son identité, de sa féminité. « Je montre ce qui se cache car ce qui se cache n’est pas ce que vous imaginez » sont peut-être les sons qui nous parviennent. Qu’elle vienne d’Iran, qu’elle vive à Paris ou en Turquie, Anahita Masoudi est toujours un peu ailleurs. Après plusieurs années passées à Paris, où elle a exposé en 2013 pour une exposition en solo « Et la parole fut mon corps », à la galerie Nicolas Flamel (Paris 3e), et en 2012 pour une exposition collective au Salon Ricard (Paris 16e), elle a posé ses pinceaux à Istanbul.

Emanuele Ravagnani

Emanuele Ravagnani, artiste italien représenté par la galerie Molin Corvo, a exposé chez Joyce à Paris (sous les arcades du Palais-Royal) en parallèle des Salons d’octobre 2014. Sur ses toiles le plus souvent de grand format s’amoncellent papiers, peinture, objets aussi parfois. De cette matière hybride naissent des formes volontairement inachevées, semblant parfois en suspens, presque en repentir. Entre figuratif et abstraction, la forme relève plus du en-devenir, comme si le tableau était encore en mouvance. Finir, c’est tracer une limite, mettre un point, cette ponctuation fermante à laquelle Emanuele Ravagnani semble préférer le pointillé.

Emanuele Ravagnani,

Emanuele Ravagnani

Olivier Cans

Olivier Cans

Olivier Cans, artiste multiformes, photographe, peintre, dessinateur, « assembleur », est un grand bon-homme qui ressemble à ces œuvres. Dans le désordre de son atelier, il se meut en vous parlant de tout, de rien, très peu de lui et beaucoup des mômes avec qui il joue au foot. Une humanité débordante, un peu cabossée peut-être. Si l’on devait d’un coup d’œil le décrire, l’oxymore serait son thème. Oxymore ascendant talent. Sensibilité versus puissance. Puissance du ton, des coups de pinceau que l’on imagine donnés en dansant. Puissance de formes déconstruites, hachées, comme autant de fêlures, de brèches au travers desquelles passe un jour radieux. Ses dernières expositions eurent lieu à L’Aponia, Centre d’art contemporain de Villiers-sur-Marne, en avril 2015 et à l’ouverture de son atelier lors des journées portes ouvertes des ateliers du Pré-Saint-Gervais-Pantin (Ventre de la Baleine). Laetitia Lormeau pour artsixMic

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