Après le Brexit, What else, sur le marché de l’art ?

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Le Brexit : Quelles conséquences à long terme pour le marché de l’art ?

Depuis des décennies, la ville de Londres* est considérée comme la capitale du marché de l’art européen. Alors que les plus gros acteurs du marché soutenaient le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, les britanniques ont voté pour sa sortie à 51,9 %. et que Standard & Poor’s et Fitch qui viennent de priver  la Grande-Bretagne de son triple A. Les agences estimant qu’avec le vote en faveur du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’incertitude politique et économique plombe le pays. Dégrader la note du Royaume-Uni, c’est aussi prévenir les investisseurs potentiels : attention, ce pays n’est plus aussi sûr, plus aussi solvable.

Une incertitude qui interroge  l’industrie de l’art sur les conséquences du Brexit à court et long terme. Au delà des questionnements et du choc liés à la sortie de l’Union Européenne, la chute de la livre sterling est la conséquence immédiate du Brexit. À court terme, cette baisse semble profiter au Royaume-Uni, dont les oeuvres d’art sont bien plus attractives aux yeux des acheteurs étrangers. Les ventes d’art contemporain de Phillips, Christie’s et Sotheby’s qui avaient lieu à Londres quelques jours seulement après les résultats du référendum, ont confirmé cette tendance.

La maison Phillips a été la première à se jeter dans l’inconnu avec sa vente du soir qui a comptabilisé un résultat satisfaisant de 14 117 349 dollars pour 31 lots, avec entre autre une oeuvre d’Anselm Kiefer, For Velimir Khlebnikov; The doctrine of War; Battles, (2004-2010), qui s’est vendue pour 3,28 million de dollars. Malgré dix lots invendus et un résultat légèrement en baisse par rapport à leur vente de juin 2015, Phillips s’en tire plutôt bien dans l’ambiance incertaine du Brexit. «Cela a sans nul doute aidé la vente» a commenté le PDG de Phillips Edward Dolman. « La conversion de la livre en dollar profite à la vente, et les acheteurs américains et asiatiques ont gagné entre 10 et 15% sur leurs achats. Ce soir, la chute de la livre sterling a encouragé les acheteurs étrangers. »

Mêmes résultats chez Sotheby’s et Christie’s, qui ont tous deux enregistré d’excellents résultats lors de leurs ventes d’art contemporain. Christie’s, dont la vacation du soir avait lieu le 29 juin, a atteint le beau résultat de 52 820 610 dollars. Les deux toiles de Jean-Michel Basquiat, stars de la vente et consignés par l’acteur Johnny Depp, se sont vendues pour 4 745 258 dollars (Self-portrait) et 6 838 538 dollars (Pork). Quant à Sotheby’s, leur belle vente totalisant 69 millions de dollars a nettement adouci les préoccupations au sujet de l’impact immédiat du Brexit sur le marché de l’art. Les enchères londoniennes de la semaine ont donc apaisé l’atmosphère et rassuré les maisons de vente et autres acteurs du marché de l’art.

Aujourd’hui, la principale angoisse qui entoure le Brexit concerne la baisse du nombre d’oeuvres d’art proposées sur le marché britannique à cause de la dévaluation de la livre sterling. Une fois les enchères de juin et juillet passées, les vendeurs risquent de déserter le sol anglais et l’offre pourrait vite se tarir… « Personne ne va vouloir vendre au Royaume-Uni, avec la livre si faible » a commenté J. Tomilson Hill, collectionneur d’art et vice-président de Blackstone Group. « L’offre va s’essouffler, en particulier sur le marché de l’art ancien » analyse-t-il. Cela dépendra des conditions dans lesquelles la sortie de l’UE sera négociée et des nouvelles réglementations mises en place entre le Royaume-Uni et le reste de la zone.

Si les britanniques décident de soumettre les objets d’art dans la TVA à l’importation (établie à 5 %), cela pourrait avoir de fortes conséquences sur les ventes d’art. Aujourd’hui, de nombreuses oeuvres vendues au Royaume-Uni proviennent des pays européens, et souvent de la France. Ces changements de fiscalité pourraient bien pousser les vendeurs à relocaliser leurs ventes à Paris.

La galeriste londonienne Pilar Ordovas, fondatrice d’Ordovas Gallery, reste optimiste face à l’incertitude ambiante : « Le marché de l’art est international, et même s’il y aura une période d’incertitude, les collectionneurs continueront à collectionner… » Par exemple, en 1991 et 2008, avec la faillite de Lehman Brothers, le secteur de l’art est toujours sorti indemne des crises économiques. Quand le secteur financier est dans la tourmente, l’art s’est au contraire toujours révélé comme une valeur sûre et stable. Pontus Silfverstolpe, co-fondateur de Barnebys, est optimiste quant à la stabilité du secteur: « La plupart des grands collectionneurs d’art sont internationaux, ils ne viennent pas du Royaume-Uni. Avec le pound si faible, ils vont voir le sol anglais comme une terre attractive et soutenir le marché. »

La place de Paris profitera t’elle du Brexit ?

À terme, le Brexit pourrait même être bénéfique au marché de l’art français : « Le risque du Brexit est lié à l’offre. Je suppose que de plus en plus de gens voudront vendre à New York et peut-être même à Paris. Serait-ce pour la France une petite renaissance ? » s’interroge Pontus Silfverstolpe.

Dans le domaine de l’art classique mais aussi moderne et contemporain, Paris occupe une place privilégiée. « En réalité, la France a tout à gagner du Brexit, et pas seulement pour retrouver sa place jadis prépondérante sur le marché de l’art européen. À condition qu’elle le fasse avec tact et sans triomphalisme. » cite l’économiste Michel Santi.

Finalement, les changements résultant du Brexit ne se feront pas sentir avant plusieurs mois, voire plusieurs années pour les plus optimistes d’entre nous. « Une fois que le processus politique deviendra plus clair, nous alignerons nos activités et opérations avec le nouveau cadre législatif. Nous sommes habitués à nous adapter aux questions politiques, juridiques et culturelles qui changent constamment. Nos années d’expérience nous ont montré que les collectionneurs continueront à collectionner ». a commenté Catherine Mansons de chez Christie’s.

Cettte étude a été faite par le site Barnebys.fr, le moteur de recherche d’objets d’art et d’antiquités référencés par les maisons de ventes aux enchères et les marchands d’art.

*Londres représentait en 2015, 19% du marché mondial de l’art selon les études présentées par Artprice pour l’année 2015

Alors qu’une soixantaine de pays pratiquent des ventes aux enchères, le triumvirat ÉtatsUnis – Chine – Royaume-Uni constitue à lui seul 87,5 % du Marché de l’Art en termes de recettes. Les trois puissances génèrent en effet 14Mrd$ des 16Mrd$ du résultat global. Les performances annuelles donnent les États-Unis grand gagnant avec 38 % de recettes mondiales pour seulement 12% des lots vendus  (Source Artprice)

Photo : Artprice

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